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Le féminisme en mouvements
Des années 1960 à l'ère néolibérale

Nancy FRASER

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Le féminisme en mouvements
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Vue d’aujourd’hui, l’histoire du féminisme américain depuis les années 1960 apparaît comme un drame en trois actes. Dans un premier temps, le mouvement de libération des femmes naît comme une force insurrectionnelle visant à faire voler en éclats une politique technicisée et un imaginaire social-démocrate qui avait occulté l’injustice de genre. Ensuite, alors que les énergies utopiques commencent à s’épuiser, le féminisme est aspiré par la politique de l’identité. Ses élans transformateurs se trouvent canalisés vers un nouvel imaginaire politique qui place « la différence » au premier plan. Passant de la redistribution à la reconnaissance, le mouvement déplace son attention vers la politique culturelle au moment où un néolibéralisme naissant déclare la guerre à l’égalité sociale.
Enfin, depuis que le néolibéralisme est entré en crise, les conditions semblent réunies pour voir un féminisme revigoré rejoindre d’autres forces d’émancipation cherchant à assujettir des marchés déchaînés à un contrôle démocratique. Ainsi, le mouvement pourrait récupérer son esprit insurrectionnel tout en approfondissant les idées qui le caractérisent : sa critique structurelle de l’androcentrisme inhérent au capitalisme, son analyse systémique de la domination masculine et ses propositions d’amendements, informées par le genre, de la démocratie et de la justice.
Écrits entre 1984 et 2010, les articles qui composent ce livre donnent à lire la trajectoire théorique et politique d’une théoricienne féministe majeure de notre temps.

Cet ouvrage a bénéficié d'une aide du Centre National du Livre (CNL).

Le féminisme en mouvements, une introduction
I / Le féminisme insurrectionnel. La radicalisation de la critique à l’ère de la social-démocratie
1. Qu’y a-t-il de critique dans la Théorie Critique ? Le cas de Habermas et du genre
Une interrogation féministe du cadre théorique habermassien
Le public et le privé dans le capitalisme classique. Leur implicite en matière de genre
La dynamique du capitalisme de l’État-providence : une critique féministe
Conclusion
2. La lutte pour l’interprétation des besoins. Ébauche d’une Théorie critique féministe et socialiste de la culture politique du capitalisme tardif
3. Une généalogie de la « dépendance ». Enquête sur un concept-clé de l’État-providence américain
Registres de sens
La dépendance préindustrielle
La « dépendance » industrielle. Le travailleur et ses négatifs
L’essor de la « dépendance à l’aide sociale » (1890-1945)
La société postindustrielle et la disparition de la « bonne » dépendance
La dépendance à l’aide sociale comme pathologie postindustrielle
Politiques publiques postindustrielles et politique de la dépendance
Conclusion
4. Après le revenu familial. Exercice de réflexion postindustrielle
L’équité entre les hommes et les femmes. Une conception complexe
Le modèle du « soutien de famille universel »
Vers un modèle de « pourvoyeur universel du care»
II / Le féminisme dompté. Le passage de la redistribution à la reconnaissance à l’âge identitaire
5. Structuralisme ou pragmatique ? Sur la théorie du discours et la politique féministe

Pourquoi les féministes veulent-elles une théorie du discours ?
Le « lacanisme » et les limites du structuralisme
Julia Kristeva, entre structuralisme et pragmatique
Conclusion
6. Pour une politique féministe à l’âge de la reconnaissance. Une approche bidimensionnelle de la justice de genre
Une analyse bidimensionnelle pour une théorie du genre revue et corrigée
Repenser la parité entre les hommes et les femmes : pour une conception bidimensionnelle de la justice
Repenser la reconnaissance : pour une politique féministe non identitaire
Intégrer la redistribution et la reconnaissance dans la politique féministe
Conclusion
7. Hétérosexisme, déni de reconnaissance et capitalisme. Une réponse à Judith Butler
III / Le féminisme renaissant ? La confrontation avec la crise capitaliste à l’ère néolibérale
8. Le cadre de la justice dans un monde globalisé
La spécificité du politique
Trois niveaux de dénis de représentation
De la territorialité étatique à l’efficacité sociale ?
Un cadrage post-westphalien
La justice méta-politique
Théorie monologique et dialogue démocratique
9. Le féminisme, le capitalisme et la ruse de l’Histoire
Le féminisme et le capitalisme organisé par l’État
L’économisme - L’androcentrisme - L’étatisme - Le modèle westphalien - Contre l’économisme - Contre l’androcentrisme - Contre l’étatisme - Pour et contre le modèle westphalien
Le féminisme et le « nouvel esprit du capitalisme »
La resignification de l’anti-économisme féministe - La resignification de la lutte féministe contre l’androcentrisme - La resignification de l’anti-étatisme féministe - La resignification de l’ambiguïté féministe face au modèle westphalien
Y a-t-il des perspectives d’avenir ?
10. Entre marchandisation et protection sociale
Les ambivalences du féminisme dans la crise du capitalisme
Les concepts clés de Polanyi : marchés désencastrés, protection sociale et double mouvement
L’émancipation : le « tiers » manquant
L’émancipation des protections hiérarchiques
Conceptualiser un triple mouvement
Changer de perspective : l’ambivalence de l’émancipation dans la nouvelle grande transformation
Ambivalences féministes
Conclusion : pour une nouvelle alliance entre émancipation et protection sociale.

Un drame en trois actes, c'est ainsi que la philosophe Nancy Fraser décrit l'histoire du féminisme dans ce nouveau recueil d'articles. La scène qui se joue depuis les années 1960 jusqu'à nos jours a en effet, à ses yeux, une intrigue simple et tragique: la perte de la force "insurrectionnelle" originelle. Non qu'au deuxième acte, au creux des années 1980-1990, les féministes aient consciemment trahi leur idéal. Si elles se sont égarées, c'est pour la place prépondérante qu'elles ont donnée aux revendications pour la reconnaissance des identités et à la lutte contre les discriminations - au détriment du combat pour la redistribution économique. Ce passage d'un imaginaire inspiré par l'Etat-providence à un autre, préoccupé de symbolique, le néolibéralisme en fut à la fois l'instigateur - sous ces coups de boutoir, l'idéal de la justice sociale a perdu son éclat - et le bénéficiaire. Nancy Fraser esquisse toutefois un dénouement: à l'avenir, la théorie féministe devra "faire revivre la préoccupation "économique" du premier acte, sans toutefois négliger les "leçons culturelles" de l'acte II" et, surtout, poursuivre sa propre quête, sourde aux appels des "néolibéraux", comme aux sirènes de ceux qui défendent une société saturée de hiérarchies et d'exclusions.

16/11/2012 - Julie Clarini - Le Monde des Livres

 

A l'inverse des philosophes essentielles de ces vingt dernières années, comme Judith Butler (Trouble dans le genre), Nancy Fraser n'a pas abordé la question du féminisme par le biais du genre et de la sexualité, mais par celui de "la domination sociale et de l'injustice, précise-t-elle. J'ai été formée par le marxisme, même si je ne suis pas une orthodoxe. Toute ma pensée est obsédée par la volonté de comprendre la société en totalité, de manière structurelle, alors que Butler appartient à la génération d'après, marquée par le poststructuralisme". Parce qu'elle tient avant tout à comprendre la société dans sa globalité, elle articule les luttes féministes aux combats pour "la reconnaissance et la redistribution", deux concepts centraux de sa réflexion. Pour réduire l'injustice sociale, à la fois économique et culturelle, il faut réarticuler deux modes d'intervention politique: une redistribution objective des ressources et une reconnaissance symbolique des statuts. Selon elle, "le modèle statutaire repose sur l'idée que ce qui mérite reconnaissance, ce ne sont pas les identités de groupe, mais la position égale des partenaires dans l'interaction". La justice pose comme condition première la possibilité que chacun puisse participer à l'ordre social en tant que "pair", agir à égalité avec les autres. C'est ce statut de pair, plus que celui d'une identité, qui doit faire l'objet de la reconnaissance. C'est ce qu'on appelle une "parité de participation". Dans son dernier livre, elle éclaire précisément, en historicisant ses transformations, les manières dont se sont succédé au sein du féminisme ces manières d'aborder la question de la justice. Qualifiant la scène du féminisme depuis les années 60 de "drame en trois actes", elle distingue les différentes grammaires de l'imaginaire féministe, en analysant le passage d'une insurrection à une demande identitaire, toutes deux imparfaites. "Au lieu de dégager un paradigme plus large et plus riche, englobant à la fois la redistribution et la reconnaissance, les féministes échangèrent dans les faits un paradigme tronqué contre un autre, un économisme tronqué contre un culturalisme tronqué.

21/11/2012 - Jean-Marie Durand - Les Inrockuptibles

 

Nancy Fraser est un grand nom du féminisme. La Découverte publie un recueil de ses articles écrits entre 1984 et 2010. On y (re)découvrira le drame en trois actes qui s’est joué dans l’histoire du féminisme américain. Et des pistes sérieuses pour que ce mouvement retrouve son souffle subversif, son esprit insurrectionnel, en lien avec la crise du néolibéralisme. Revigorant.

01/12/2012 - Clémentine Autain - Regards

 

La perspective développée par Nancy Fraser nous permet de penser l’émancipation et la justice sociale reposant sur deux paradigmes : l’égalité et la différence. La publication récente du recueil intituléLe Féminisme en mouvements. Des années 1960 à l’ère néolibérale autorise l’auteure à inaugurer son ouvrage par une introduction à forte valeur rétrospective. Elle distingue au sein de l’histoire proche du féminisme trois périodes différentes. « Vue d’aujourd’hui, l’histoire de la deuxième vague du féminisme apparaît comme un drame en trois actes » écrit-elle. Si la deuxième vague du féminisme succède historiquement à une première vague dévolue au combat féministe pour l’égalité civile (par exemple, le droit de vote des femmes) , elle relève du « bouillonnement politique qui entoure la « nouvelle gauche » à la gauche des partis communistes staliniens » durant les années 1960 et 1970. Le premier moment appartient à l’élargissement de la question l’égalité sociale et économique afin d’y inclure les femmes victimes du caractère « androcentrique » du capitalisme et de l’État-providence. Ensuite a succédé à partir de la fin des années 1970 un deuxième moment où l’imaginaire politique de l’égalité s’est atténué pour les féministes au profit de la valorisation de la différence. La politique économique soutenue par le paradigme de la redistribution aura donc reflué au profit d’une politique culturelle et identitaire reposant sur la reconnaissance des torts, des différences et des spécificités. Il faudra attendre le courant des années 1990 pour voir ressurgir une nouvelle radicalité féministe. L’émancipation politique, l’égalité économique, la reconnaissance culturelle des différences et la justice sociale s’agencent ainsi dans une nouvelle constellation féministe qui, à l’époque contemporaine, refuserait tant l’« économisme tronqué » d’avant-hier que le « culturalisme tronqué » d’hier mais encore aussi d’aujourd’hui. L’articulation de ces conceptions spécifiques devrait désormais inclure la question de la représentation politique afin de renouveler un projet global d’émancipation par l’intégration des préoccupations féministes développées durant les quatre dernières décennies. Alors que l’imaginaire égalitaire n’avait que trop longtemps refusé de considérer son impensé « androcentrique » durant le premier acte du féminisme de la deuxième vague, le reflux féministe du paradigme de l’égalité au profit des questions culturelles de reconnaissance, de différence et d’identité a concordé avec le tournant néolibéral. Il est dorénavant temps d’imposer un troisième acte pour le féminisme qui apprendrait à penser de manière égale et combinée protection sociale et justice de genre, élargissement de la représentation politique et égalité économique, démarchandisation de la société et émancipation .

01/12/2012 - Alternative Libertaire

 

 
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