La société autophage
Capitalisme, démesure et autodestruction

Anselm JAPPE

Le mythe grec d’Érysichthon nous parle d’un roi qui s’autodévora parce que rien ne pouvait assouvir sa faim – punition divine pour un outrage fait à la nature. Cette anticipation d’une société vouée à une dynamique autodestructrice constitue le point de départ de La Société autophage. Anselm Jappe y poursuit l’enquête commencée dans ses livres précédents, où il montrait – en relisant les théories de Karl Marx au prisme de la « critique de la valeur » – que la société moderne est entièrement fondée sur le travail abstrait et l’argent, la marchandise et la valeur.
Mais comment les individus vivent-ils la société marchande ? Quel type de subjectivité le capitalisme produit-il ? Pour le comprendre, il faut rouvrir le dialogue avec la tradition psychanalytique, de Freud à Erich Fromm ou Christopher Lasch. Et renoncer à l’idée, forgée par la Raison moderne, que le « sujet » est un individu libre et autonome. En réalité, ce dernier est le fruit de l’intériorisation des contraintes créées par le capitalisme, et aujourd’hui le réceptacle d’une combinaison létale entre narcissisme et fétichisme de la marchandise.
Le sujet fétichiste-narcissique ne tolère plus aucune frustration et conçoit le monde comme un moyen sans fin voué à l’illimitation et la démesure. Cette perte de sens et cette négation des limites débouchent sur ce qu’Anselm Jappe appelle la « pulsion de mort du capitalisme » : un déchaînement de violences extrêmes, de tueries de masse et de meurtres « gratuits » qui précipite le monde des hommes vers sa chute.
Dans ce contexte, les tenants de l’émancipation sociale doivent urgemment dépasser la simple indignation contre les tares du présent – qui est souvent le masque d’une nostalgie pour des stades antérieurs du capitalisme – et prendre acte d’une véritable « mutation anthropologique » ayant tous les atours d’une dynamique régressive.

Version papier : 22 €
Version numérique : 14,99 €
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Détails techniques
Collection : Sciences humaines
Parution : septembre 2017
ISBN : 9782707195395
Nb de pages : 248
Dimensions : 135 * 220 mm
ISBN numérique : 9782707197863
Format : EPUB

Anselm JAPPE

Anselm Jappe est notamment l’auteur de Guy Debord (1993, réédition 2001), Les Aventures de la marchandise (2003, réédition 2017), L’Avant-garde inacceptable (2004) et Crédit à mort (2011).

Extraits presse

Je viens de terminer « La société autophage » d'Anselm Jappe, un essai absolument remarquable sur les liens qui se tissent entre narcissisme et ultra-capitalisme. Il faut le lire avec une solide réserve de café et de silence à disposition : son analyse est aussi passionnante qu'elle est pointue. Anselm Jappe révèle notamment la dissolution de soi dans un système mondialisé où il n'y a plus de coupables (donc tout le monde est l'ennemi, y compris soi-même), où les rapports virtualisés nous rendent interchangeables, où le marché nous conçoit comme jetables.

22/09/2017 - Maïa Mazaurette - GQ

 

Table des matières


Prologue. D’un roi qui s’autodévora
1. Du fétichisme qui règne dans ce monde
Un mauvais sujet
C’est la faute à Descartes
Excursus : Descartes musicologue et les accélérations de l’histoire
Kant, penseur de la liberté ?
Le marquis de Sade et la loi morale
Assez de philosophie, des actes
Le narcissisme comme consolation de l’impuissance
2. Narcissisme et capitalisme
Qu’est‑ce que le narcissisme ?
Narcissisme et peur de la séparation
Psychanalyse et révolution : Erich Fromm et Herbert Marcuse
Christopher Lasch, le narcissisme comme catégorie critique
Petite histoire du narcissisme
Le paradigme fétichiste ‑ narcissique
Retourner à la nature, vaincre la nature ou vaincre la régression capitaliste ?
3. La pensée contemporaine face au fétichisme
Une perte des limites ?
Évoquer l’autorité pour échapper au marché ?
De l’idéalisme et du matérialisme
Nouvelles formes, vieux malheurs ?
Nouveaux discours des misères de ce temps
Une mutation plus ancienne que le numérique
4. La crise de la forme-sujet
La pulsion de mort du capitalisme
Amok et djihad
Comprendre l’amok
Nulle raison nulle part
Capitalisme et violence
Épilogue. Que faire de ce mauvais sujet ?
Appendice. Quelques points essentiels de la critiquede la valeur
Bibliographie.


Droits étrangers

SELF CANABILISATION
Capitalism, excess and self-destruction

In La Société autophage, Anselm Jappe examines the subject of narcissistic fetishism, which he identifies as the subjectivity of crisis capitalism. The “value critic” extends his discussion here to the field of psychological patterns in an investigation of the fetishisation of merchandise.
The author’s approach is based on a judicious use of Freudian psychoanalysis and its extension into sociology, particularly in the work of Herbert Marcuse and Christopher Lasch.
It is addressed to all those who are concerned with modern society’s “death instinct” and who consider it to be the result of a true crisis of civilization.


Anselm Jappe is a Marxist theorist and a specialist on Guy Debord. He is the author of Guy Debord (Denoël, 2001), Les Aventures de la marchandise (Denoël, 2003) and Crédit à mort (Lignes, 2004).


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com