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La littérature, à quel(s) prix ?
Histoire des prix littéraires

Sylvie DUCAS

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La littérature, à quel(s) prix ?
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Les prix littéraires sont une « exception française » mal connue : s’ils prolifèrent en France, ils se diversifient selon des logiques très diverses liées à une « économie du prestige » complexe. Cette enquête, menée à partir de nombreux entretiens auprès d’écrivains et de professionnels du livre, cherche à éclairer cette complexité afin de saisir les nouvelles configurations de la condition littéraire contemporaine.
Avec les prix, ce sont des reconfigurations majeures du monde littéraire qui se donnent à lire : déclin de la fonction sociale et de l’autorité symbolique de l’écrivain ; déclin du livre comme objet sacralisé ; déclin de la lecture et mutations des pratiques culturelles ; métamorphoses de l’expertise littéraire ; figurations nouvelles du littéraire.
De l’homme de lettres d’hier à l’écrivain minuscule d’aujourd’hui, ce sont bien les effets à la fois structurants et paradoxaux des prix littéraires que ce livre cherche à pointer. Structurants : les prix régulent un marché et une offre, contrôlent et font perdurer une certaine idée de la littérature en l’ouvrant au plus grand nombre, proposent une définition normée de la lecture et du goût. Paradoxaux : les prix inscrivent l’écrivain dans une communauté, mais le fragilisent dans sa singularité ; ils obéissent à un protocole réglé dont l’écrivain ne décide pas des règles ; ils mettent en lumière mais n’aident pas à durer.
Cet ouvrage se veut une contribution à l’histoire culturelle du statut de l’auteur qui interroge l’effondrement de son rôle social dans la sphère publique.

Introduction : le prix littéraire, archive maudite de la littérature
De l'archive à l'emblème
L’inflation des prix
Pour une histoire culturelle des prix littéraires
I / Genèse : combattre les industries des lettres à coup de lauriers
De la littérature à l'économie de marché
Pour un droit d'entrée du roman en littérature
Création du prix Goncourt et scénographie auctoriale : pour une machie à défendre l'homme de lettres
II / Autopsie d'un mécénat dévoyé : grandeur et misère de l'auteur primé
Les grandes crises de la consécration littéraire
La consécration d'un chef-d'oeuvre pourtant contesté : Proust
La consécration confisquée : Céline face au premier prix d'éditeur
La consécration forcée : Julien Gracq lauréat malgré lui
Dernier sursaut de l'«Homo Goncourensis» : Hervé Bazin et l'écriture comme métier
III / Babel de labels
Le prix Fémina : entre prescripiton et consommation littéraires, la légitimation littéraire au féminin
Industrie du prestige et éditions dérivées
Irruption des médias dans le champ de la consécration littéraire
Les prix de lecteurs, prix des médias : le sacre du lecteur et l'apologie du « roi lire »
Lutopie du prix Médicis : concilier marchandisation de la littérature et avant-garde littéraire ?
L’auteur, « label rouge » de la littérature
IV / Élites lettrées ou «îles lettrées» ? Reconfiguration de l'expertise littéraire
Autorité académique et critique en crise
Crise de l'autorité du critique littéraire : de Sainte-Beuve à Beigbeder
Crise de l'autorité du consacrant : l'agora contre le prytannée
Le Goncourt des lycéens : faire élire pour faire lire
Prescriptions et professions du livre : pour une librairie « psychopompe » ?
Le prix des Libraires - Prix du roman Fnac et prix Initiales - Le prix Wepler
Les prix pour la jeunesse : des prix anti-mondains au coeur de la médiation culturelle
Les prix des « mauvais genres » ou des médiacultures
Prix littéraires de la blogosphère : réécrire Babel à l'ère numérique ?
V / Quelle littérature ? L'épreuve de la valeur
Littérature de l'auteur consacrant : Octave Mirbeau et les votes de l'« académiette »
Colette et le Goncourt d'après-guerre
Les votes du jury Femina : l'épreuve du jugement au féminin
Dans l'héritage de leurs aînées : les grands prix des lectrices de ELLE
Hervé Bazin et Michel Tournier face à la crise acacémique des années 1970
Conclusion : des jurys antimodernes, qu'ils soient professionnels ou amateurs
VI / L'auteur mis à prix
La définition auctoriale dans le dispositif des prix littéraires
Discours auctorial sur les prix : de la « vocation » à la « carrière » de l'écrivain
Fantasmes et compromis - L’écrivain minuscule
Auteur consacré et labellisé : un déficit d'image ?
Déficit de discours : rétrécissement de la figure auctoriale
Discours de presse - Discours des Nobel français de littérature
Déficit d'Ethos ? Posture et impostures de l'écrivain primé
Sortir de la fabrique ou ne plus en sortir ? Pour une nouvelle éthique de l'écrivain primé
Conclusion : du Panthéon au « vertige de la liste », l'auteur comme réseau
Bibliographie sélective de l'auteure
Notes.

A cette question qui resurgit lors de chaque rentrée romanesque, l'universitaire Sylvie Ducas apporte enfin, dans La littérature, à quel(s) prix ?, une réponse solidement argumentée et dénuée de passion, qui ne décevra que les naïfs - non, les prix ne récompensent pas les meilleurs ouvrages - et les atrabilaires - non, ils ne sont pas inutiles, et on n'est pas obligé de brûler sur la place publique leurs jurés, forcément corrompus. En plongeant jusqu'au milieu du XIX°siècle et aux racines de cette "exception française" que constituent les quelque 2000 prix littéraires décernés chaque année, Sylvie Ducas raconte en fait une histoire plus ample. Celle du basculement du livre dans l'économie de marché, de l'irruption des logiques économiques dans la sphère des idées et de l'art. Celle aussi du changement du statut de l'auteur, naguère investi d'une autorité intellectuelle et morale, aujourd'hui ravalé au rang de figure médiatique éphémère et noyé dans la masse. Une double désacralisation, du livre et de l'écrivain, qui a permis paradoxalement à l'un et l'autre de continuer à jouir, en France, d'une aura singulière.

21/08/2013 - Nathalie Crom - Télérama

 

Les prix littéraires et leur influence sur la création, voilà une question trop souvent traitée sur le mode du pamphlet. Sylvie Ducas, maître de conférences en littérature à l'université Paris-Ouest a préféré, elle, l'aborder en cherchant à éviter les condamnations d'usage, et en interrogeant de nombreux auteurs et professionnels du livre. Au-delà de la valeur symbolique de ce rite, mis en route en 1896 avec l'instauration du Goncourt, elle s'efforce de dégager les enjeux économiques du nouveau culte. On découvre ainsi de quelle manière le développement des prix littéraires accompagne celui de l'industrie éditoriale moderne en jouant des frontières "entre la notoriété et le profit brigué", "entre la norme et la marge", à l'instar du Goncourt, "mécénat dévoyé", juge-t-elle, par des logiques marchandes. Qu'il soit fondé sur l'appréciation de jurys formés d'écrivains, de lecteurs ou même d'élèves, le prix, "lieu de contrôle, de pouvoir et d'échanges", inscrit l'écrivain dans un système qu'il ne maîtrise guère. De fait, que deviennent, à l'heure des "féodalités industrielles", ces "jockeys de Grand Prix", dont se moquait Julien Gracq (1910-2007) dans sa célèbre diatribe de 1949 sur le milieu littéraire, La Littérature à l'estomac (José Corti) ? Heureux primés qui, désacralisés, voient leur singularité altérée, leur image stéréotypée, et dont Sylvie Ducas scrute les "postures et impostures", les récompenses contestées ou confisquées. Car les combats sont parfois âpres : si le Goncourt couronne en 1919, au terme de luttes féroces entre les votants, A l'ombre des jeunes filles en fleurs de Proust, c'est un obscur Guy Mazeline qui se voit attribuer le prix en 1932, année où l'on attendait pourtant Louis-Ferdinand Céline. Le prix littéraire se révèle une "mythologie nationale", produit de changements culturels, sociaux, éditoriaux, amorcés dès le XIXe siècle. Et l'auteure de pointer les fantasmes, les gloires qu'il suscite, "depuis le panthéon céleste jusqu'à la petite cuillère ou la fourchette du restaurant Drouant", où déjeunent, chaque mois, les jurés du Goncourt, depuis 1914, et du Renaudot, depuis 1926. Ce sont là cent dix ans d'histoire littéraire dont Sylvie Ducas décrypte les mutations ; aussi bien celles des circuits de diffusion et de promotion que des pratiques de lecture. L'ouvrage invite à penser une autre "éthique du livre" qui ne serait pas exclusivement centrée sur le marché. L'écrivain et son oeuvre restent l'objet principal de cette enquête sur le prix littéraire, devenu peu à peu une "économie du prestige", une "fabrique de l'auteur". Et c'est sur ce point que repose l'originalité de cet essai.


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29/08/2013 - Paloma Blanchet-Hidalgo - Le Monde

 

Comme chaque année, ou presque, on en vient à s'interroger sur le sens et l'utilité des prix littéraires qui se bornent le plus souvent à couronner un académisme bon teint, une littérature sans enjeu. Cette question se trouve au coeur de l'essai de Sylvie Ducas, maître de conférences en littérature française. Dans La littérature, à quel(s) prix ?, la chercheuse ne se contente pas de retracer l'histoire des prix littéraires, elle s'attache aussi et surtout à montrer de quelle manière ces multiples récompenses - on en dénombre plus de deux mille en France - structurent aujourd'hui le champ littéraire français; comment ces distinctions nées à l'aube du XX° siècle sont indissociables de la démocratisation et de la marchandisation de la culture, opérant un "tri sélectif" nécessaire au sein de la pléthore éditoriale. Les soupçons de collision et de corruption, les relations parfois incestueuses entre jurés et éditeurs, la domination des impératifs commerciaux sur des problématiques purement littéraires, Sylvie Ducas les évoque évidemment et les restitue dans un temps long.

18/09/2013 - Elisabeth Philippe - Les Inrockuptibles

 

Le lundi 21 décembre 1903, trois malheureux journalistes font le pied de grue devant le restaurant Champeaux, place de la Bourse, à Paris. La caissière vient leur annoncer que le premier prix Goncourt de l'Histoire a été attribué à John-Antoine Nau, pour Force ennemie. L'heureux élu aura droit à un entrefilet dans Le Figaro. Un siècle plus tard, chez Drouant, où le rituel s'est déplacé, une forêt de micros et de caméras manque chaque année d'asphyxier le lauréat, qui fera l'ouverture de tous les journaux télévisés. Ainsi en sera-t-il encore, le 4 novembre prochain. Alors que la saison des prix 2013 vient d'être lancée avec la publication des premières "sélections", l'universitaire Sylvie Ducas revient sur cette "exception française" dans un ouvrage historique trapu et bien informé (elle a eu accès aux procès-verbaux de vote de l'académie Goncourt).

18/09/2013 - Jérôme Dupuis - L'Express

 

Sylvie Ducas se propose d'analyser en profondeur les tenants et les aboutissants des principales distinctions littéraires françaises. Elle dresse un panorama des différents types de prix, le traditionnel (Goncourt), le contestataire (Femina), l'ironique (Renaudot), le participatif (prix des lectrices de Elle), le professionnel (prix des libraires) ou le labellisé (prix du roman Fnac). La liste est longue, car très complète, dans cet essai n'omettant ni la bande dessinée ni le livre numérique. En étudiant le système et le fonctionnement de ces distinctions, elle fait ressortir une mythologie, un processus de ritualisation (dont les couverts en vermeil des Goncourt ou les fauteuils tendus de velours des académiciens ne sont que les exemples les plus évidents, chaque prix ayant son lieu de remise, sa cérémonie, ses fidèles) faux-semblant de messe littéraire qui tend à (re)sacraliser le figure de l'auteur.

01/11/2013 - Clémentine Baron - Le Magazine littéraire

 

Finement documenté, cet ouvrage présente la mutation du statut de l’écrivain français, du XIXe siècle — lorsque son aura est encore brillante — à la fin du XXe — quand son prestige décline alors que les prix littéraires prolifèrent. Couronné par l’Académie française, l’homme de lettres était hier le poète glorieux, à l’image du prince. L’Académie intronise cette figure héroïque, dont Victor Hugo constitue le paradigme. Le roman est alors considéré comme un genre impur, populaire. Aujourd'hui l'éphémère lauréat du Goncourt, dont les lauriers se fanent parfois aussi vite qu'ils ont bourgeonné, est englué dans un réseau à l'intérieur duquel éditeurs, jurys, médias et autres prescripteurs imposent le goût littéraire, dans une logique de marchée et d'investissement. Sylvie Ducas, spécialiste des acteurs du livre, dresse un panorama construit, structuré de l'histoire culturelle de la reconnaissance littéraire. S'éclaire le passage d'une économie de prestige à une industrie de la récompense, qui implique l'affaiblissement du discours critique. Sur deux cents prix attribués entre 1988 et 2008, le trio "galligrasseuil" (Gallimard, Grasset et Seuil) en a obtenu cent sept.

01/11/2013 - Véronique Pittolo - Le Monde diplomatique

 

On croit connaître les prix littéraires parce que circulent sur eux anecdotes, jugements sommaires, condamnations sans appel. Mais la genèse, l’évolution, les contradictions et les enjeux de ce système, qui s’est construit parallèlement à l’émergence d’une véritable industrie du livre, sont peu étudiés, et il n’en existait pas de véritable synthèse. Sylvie Ducas propose enfin la première somme scientifique, alliant l’histoire littéraire à une véritable analyse des effets de cette « industrie de la récompense » sur le marché du livre, la figure de l’auteur et les attentes du lecteur.

07/11/2013 - Alain Nicolas - L'Humanité

 

« La littérature contemporaine a mal à son Panthéon. » Au-delà de cette jolie formule, l’histoire des prix littéraires que propose Sylvie Ducas est riche en enseignements sur la condition littéraire. Deux mille prix sont délivrés, rien qu’en France, chaque année. Pour autant, l’auteur « ne doit plus être considéré comme l’acteur central de l’univers littéraire », mais comme un acteur parmi d’autres pris dans un réseau contractuel, politique et médiatique. L’analyse des discours des écrivains français nobélisés vient renforcer cette observation, celle d’un changement profond de la place de la littérature et de la culture en général. Ainsi, relève S. Ducas, à un Albert Camus donnant, en 1957, en plein conflit algérien, pour mission et devoir à l’écrivain de « restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude » et de « refaire avec tous les hommes une arche d’alliance », a succédé un J.M.G. Le Clézio se découvrant, en 2006, « conscient de sa propre incapacité » et n’ayant « plus l’outrecuidance de croire qu’il va changer le monde ». Ce livre est une invitation à réfléchir au devenir de la littérature et à l’éthique du geste d’écrire à l’heure où l’écrivain, même consacré, avoue avoir perdu de son poids dans l’espace public, et où l’idée même de pouvoir de la littérature ne semble plus avoir beaucoup de sens. Si l’histoire des prix littéraires sanctionne « l’effondrement d’une telle croyance », alors en quoi servent-ils la littérature ? « Comment en refaire des machines de guerre de l’écrivain qu’ils ont cessé d’être pour devenir trop souvent ces machines à rétrécir les écrivains ? »

01/12/2013 - Marie Déchamps - Sciences Humaines

 

LITERATURE AND LITERARY AWARDS
A History of literary awards from 1900 to nowadays

Neither a pamphlet nor a sociological study, this is the first book to offer a comprehensive survey of literary awards, as a very little known but fascinating aspect of the world of contemporary literature. Drawing on a great many interviews, this book points the effects, both structuring and paradoxical, of literary awards.
A contribution to the social and cultural history of literature and the status of the author.


Sylvie Ducas is a lecturer in French literature at the University Paris Ouest Nanterre La Défense, where she heads a Masters on Publishing and the Book Industry (Pôle de Saint-Cloud). She is a researcher at the Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés of the University of Versailles-Saint-Quentin. Drawing on over ten years of research, La littérature, à quel(s) prix? is her first book.


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