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Catalogue / Histoire contemporaine / La guerre des forêts     

La guerre des forêts
Luttes sociales dans l'Angleterre du XVIIIe siècle

Edward Palmer THOMPSON

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La guerre des forêts
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En 1723, le Parlement anglais adopte une loi terrible, le Black Act, qui punit de pendaison le braconnage des cerfs dans les forêts royales et les parcs seigneuriaux. La peine de mort est bientôt étendue au simple fait de venir y ramasser du bois ou de la tourbe. L’atteinte à la propriété est ainsi criminalisée à l’extrême, et la loi ne sera abrogée qu’un siècle plus tard, en 1827.
Cet épisode s’inscrit dans la longue histoire de la résistance paysanne face à la montée d’une conception de plus en plus exclusive de la propriété, qui grignote peu à peu les anciens droits d’usage coutumiers, et réduit les plus faibles à la misère. Il illustre la violence de la domination sociale dans l’Angleterre du XVIIIe siècle, où l’oligarchie règne par la loi du profit et la corruption.
L’analyse magistrale qu’en donne le grand historien britannique Edward P. Thompson montre comment s’impose, dans l’arène juridique, l’individualisme possessif face aux droits collectifs. Elle fait revivre la brutalité du pouvoir des notables, et la détermination des braconniers, perdants magnifiques : la « guerre des forêts » est aussi une lutte de classes sans merci.
Edward Palmer Thompson, le romantique radical, par Philippe Minard
La guerre des forêts. Luttes sociales dans l'Angleterre du XVIIIe siècle, par Edward P. Thompson
Introduction : le Black Act de 1723
Windsor
Hampshire
Une politique de classe et de clan
Le droit mis à l’épreuve
Les dures lois de la chasse, par Philippe Minard
Notes.

mardi 4 fvrier 2014

Philippe Minard. Boîte à Idées par Mediapart


 

jeudi 23 janvier 2014
Edwar200. THOMPSON -167 guerre des forts aux ditions La Decouverte


 
Au coeur de La Guerre des forêts, de l’historien britannique E. P. Thompson, il y a la promulgation, au printemps 1723, d’une loi dont la sévérité est ahurissante, le Black Act : dorénavant, la potence attend quiconque braconne un lièvre ou du poisson, brise les vannes d’un vivier, coupe un arbre, surtout s’il a pénétré « armé et déguisé » dans la forêt. La répression s’adressait en particulier aux braconniers, qui se noircissaient le visage afin ne pas être reconnus, d’où leur surnom de Blacks, notamment dans le Hampshire et le Berkshire. Selon l’historien, ces désordres, suscités par des bandes plus ou moins organisées – l’une est dirigée par un « roi Jean » –, manifestaient la résistance des villageois aux tentatives d’appropriation de leur environnement, à la montée du capitalisme agraire qui les privait des droits coutumiers et des formes d’usage collectives des terres. Au terme de son enquête dans les archives, Thompson restitue finement non seulement les causes des troubles et les motivations des braconniers rebelles, mais aussi les positions de la gentry locale et des grands propriétaires. Cette lutte des classes est aussi l’occasion, pour l’historien marxiste, de développer une pensée subtile du droit qui ne saurait, à ses yeux, être uniquement rabattu sur son pouvoir d’oppression. Ces belles analyses sur la force du droit ne font qu’augmenter l’intérêt de cet ouvrage dont la riche matière historique croise le talent de style de son auteur.

24/01/2014 - Julie Clarini - Le Monde

 

En ce temps là, on voit s'affronter, dans les domaines royaux, l'aristocratie montante des Whigs et le petit peuple des forêts. Les premiers se réservent le droit de chasse, l'exploitation de la forêt et saisissent toutes es occasions de s'approprier les biens communaux. Le petit peuple, associé à l'occasion à des éléments de la "gentry", tente de résister au mouvement. Robin des Bois masqués ou le visage noirci au charbon, ils bravent les interdits, ils chassent les cerfs, ils prélèvent le bois, ils affrontent les gardes-chasse. En réponse, la Couronne adopte le Black Act, dispositif d'une brutalité répressive inouïe qui, au motif du plus bénin des chapardages, permettra de conduire à la potence un grand nombre de malheureux. Tel est le sujet de ce grand livre. Il est grand par sa fameuse méthode de "the history from below", "l'histoire par en bas", qui restitue au mouvement social la voix des sans-voix. Il est grand par la virtuosité de l'analyse des conflits d'intérêts entre les différents groupes sociaux - Whigs contre Tories, aristocratie marchande contre aristocratie foncière, paysans pauvres et fonctionnaires royaux... Il est grand surtout par son approche du "droit" comme catégorie historique. E. P. Thompson, contre un marxisme primaire qui réduit le "droit" à une mystification de la classe dominante, montre que le droit peut être aussi un moyen de lutte des classes dominées. Un récit enlevé, une belle leçon d'histoire, un plaidoyer subtil en faveur de l'Etat de droit.

01/03/2014 - Marc Riglet - Lire

 

En 1723, le Parlement anglais adopte le "Black Act": tout homme pris à braconner les cerfs dans les forêts royales et les parcs seigneuriaux sera pendu. Le sens de la propriété n'ayant pas de limites, la loi s'étend bientôt au ramasseur de bois mort ou de champignons, mettant à bas toute une économie paysanne où le pauvre pouvait vivre des miettes de la propriété des riches. Cette loi qui marque la montée en puissance de l'individualisme ne sera abrogée qu'en 1827. Dans ce livre, présenté ici sous une forme condensée, après sa parution en Grande -Bretagne en 1975 (Whigs and Hunters), l'historien Edward P. Thompson (1924-1993) analyse la brutalité et les inégalités de la société d'Ancien Régime outre-Manche. Il montre aussi comment les paysans ont résisté, se livrant à une "guerre des forêts" dont il restitue avec maestria la mémoire.

01/03/2014 - Le Pont Références

 

Mais pourquoi donc analyser une loi de 1723 sur qui a le droit de faire quoi dans les forêts anglaises d'il y a trois siècles ? Si le grand historien britannique E. P. Thomson y a consacré un livre entier en 1975, dont on trouvera ici une traduction abrégée, c'est parce qu'il s'y cache des enjeux politiques forts sur la gestion des biens communs.Le Black Act de 1723 établit pas moins de 50 motifs de peine capitale pour qui s'attaque aux cerfs, au bois ou à la tourbe des forêts royales et épiscopales. Cette dure loi, explique Thomson, traduit un lourd conflit de propriété sur la nature, entre des élites installées qui veulent pouvoir l'exploiter à leurs profits exclusifs, et la population, qui veut continuer à jouir de ses droits d'usage ancestraux. Le livre démontre comment la loi est mise au service des puissants. Mais l'auteur ne fait pas pour autant du droit un instrument exclusif des dirigeants.Une dialectique parfaitement décryptée par un commentaire de l'historien Philippe Minard, qui nous aide également à resituer l'ouvrage dans son temps, sans oublier de nous résumer les critiques dont il a fait l'objet. Un peu érudit mais passionnant.

01/03/2014 - Christian Chavagneux - Alternatives Economiques

 

Nous sommes dans les années 1710-1720, entre Windsor et le Hampshire, à deux heures et demi de Londres en calèche rapide. Au coeur de la forêt, la guerre fait rage. D'un côté, la classe des possédants de la ville, dont la richesse est en train de croître démesurément, a commencé d'investir la campagne. Elle fait construire de somptueux parc et organise des parties de chasse entre gens du monde. En face, les habitants, nobles ou fermiers, voient leurs droits coutumiers foulés au pied par les nouveaux venus: droit de pâture, ramassage du bois, droit de chasse. La tension monte, des habitants se font justice en se grimant le visage en noir. On les appelle les "Blacks" et ils narguent les gardes-chasses, lieutenants et juges itinérants. En 1723, le Parlement britannique adopte une loi qui punit de mort une cinquantaine de délits: se promener en forêts le visage noirci, couper un arbre dans un parc, blesser un cerf et même attenter à la vie des poissons d'élevage ! L'historien britannique Edward P. Thompson, auteur du célèbre ouvrage La formation de la classe ouvrière anglaise, avait publié au début des années 1970 cette passionnante étude de cas. Il y montre comment, en même temps qu'elle s'adoucissait en matière d'opinions politiques ou de croyances religieuses, la société anglaise du XVIII° durcissait radicalement sa législation sur les atteintes à la propriété. Le Black Act ne fut abrogé qu'en 1827.

20/03/2014 - Le Nouvel Observateur

 

À travers les combats entre propriétaires et usagers des forêts, une réflexion très actuelle sur la socialisation des biens.

01/05/2014 - Philosophie Magazine

 

Edward P. Thompson est un historien britannique dont le travail, relevant d’un marxisme hétérodoxe, est peu connu en France. Opposé au courant structuraliste, principalement celui de Louis Althusser, il a développé une conception plus souple des rapports de domination sociale. Sa Guerre des forêts (Whigs and Hunters, 1975) en est l’illustration. Le sujet, est une loi, le Black Act, adoptée par le Parlement anglais en 1723, qui punissait de mort par pendaison non seulement le braconnage nocturne mais l’atteinte aux arbres, aux plantations, aux habitations, l’envoi de lettres anonymes et bien d’autres infractions. Cette loi imposait aussi une taxe qui rendait collectivement responsables les habitants du district où avait eu lieu l’infraction. Enfin, pour hâter la procédure, le suspect pouvait être jugé hors de sa région d’origine, à l’encontre du droit coutumier. Cette loi s’appliquait aux délits commis dans les forêts royales, par ceux que l’on voyait alors comme des braconniers. On pourrait certes voir là une application concrète d’un mode de domination aristocratique sur le peuple, un exemple de lutte de classes. Le droit, ici, serait un élément de superstructure reflétant la mainmise des possédants. Pour Thompson, les choses ne sont pas si simples et doivent être remises dans le contexte politique de l’époque d’une part, dans celui, juridique, des rapports entre droit et coutume de l’autre.
Car au final, cette loi fut peu appliquée, bien que régulièrement reconduite. Nous l’avons dit, elle s’applique au braconnage sur les terres royales et principalement à celui du cerf. Animal emblématique dont la chasse était particulièrement prisée des rois, il finit par être le symbole de monarchie elle-même. Or, si le roi ne pouvait faire respecter l’ordre sur ses propres terres, c’est son autorité même qui se voyait remise en cause. Dans l’Angleterre de 1723, les suites de la Glorieuse Révolution (1688) et les efforts du parti Whig pour affirmer son pouvoir après une suite de scandales politico-financiers, appelaient une reprise en main. Alors que le XVIIIe siècle évoluait globalement vers plus de mansuétude, le Black Act montrait qu’un nouveau mode de répression se mettait en place : celui de l’usage exemplaire de la terreur pour protéger la propriété. Pour autant, E. Thompson ne réduit pas le droit anglais à n’avoir été qu’un outil au service du pouvoir. Il le fut, certes, mais il intervint également pour mitiger la domination sociale et servit aussi les intérêts d’un peuple qui pouvait l’utiliser pour se défendre.

01/07/2014 - Thomas Lepeltier - Sciences Humaines

 

 
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