La démocratie aux champs
Du jardin d’Éden aux jardins partagés, comment l’agriculture cultive les valeurs démocratiques

Joëlle ZASK

On a l’habitude de penser que la démocratie moderne vient des Lumières, de l’usine, du commerce, de la ville. Opposé au citadin et même au citoyen, le paysan serait au mieux primitif et proche de la nature, au pire arriéré et réactionnaire.
À l’opposé de cette vision, ce livre examine ce qui, dans les relations entre les cultivateurs et la terre cultivée, favorise l’essor des valeurs démocratiques et la formation de la citoyenneté. Défi le alors sous nos yeux un cortège étonnant d’expériences agricoles, les unes antiques, les autres actuelles ; du jardin d’Éden qu’Adam doit « cultiver » et aussi « garder » à la « petite république » que fut la ferme pour Jefferson ; des chambrées et foyers médiévaux au lopin de terre russe ; du jardin ouvrier au jardin thérapeutique ; des « guérillas vertes » aux jardins partagés australiens.
Cultiver la terre n’est pas un travail comme un autre. Ce n’est pas suer, souffrir ni arracher, arraisonner. C’est dialoguer, être attentif, prendre une initiative et écouter la réponse, anticiper, sachant qu’on ne peut calculer à coup sûr, et aussi participer, apprendre des autres, coopérer, partager. L’agriculture peut donc, sous certaines conditions, représenter une puissance de changement considérable et un véritable espoir pour l’écologie démocratique.

Version papier : 18,50 €
Version numérique : 12,99 €
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Détails techniques
Collection : Les Empêcheurs de penser en rond
Parution : mars 2016
ISBN : 9782359251012
Nb de pages : 256
Dimensions : 125 * 190 mm
ISBN numérique : 9782359251296
Format : EPUB

Joëlle ZASK

Professeure au département de philosophie de l’université Aix-Marseille, Joëlle Zask étudie le pragmatisme et les enjeux politiques des théories de l’art et de la culture. Elle est l’auteure de traductions de John Dewey et de divers ouvrages, dont les plus récents sont : Participer. Essais sur les formes démocratiques de la participation (Le Bord de l’eau, 2011) et Outdoor Art. La sculpture et ses lieux (La Découverte, « Les Empêcheurs de penser en rond », 2013).

Actualités

Extraits presse

À bonne distance de la dangereuse idéologie du retour à la terre comme de son exploitation mercantile, elle propose de porter attention à ce qui, dans les luttes locales menées par des paysans dans le monde comme dans les jardins partagés des villes, constitue « le mouvement le plus prometteur » pour notre démocratie. Et une réponse à l'urgence de « faire de la planète une "terre des hommes" » et non lieu de désolation.

24/03/2016 - Béatrice Bouniol - La Croix

 

L’ouvrage de Joëlle Zask, philosophe, défend une thèse originale : la démocratie, la « civilisation » ne viennent pas de la ville, des Lumières, du commerce, de l’usine ou du prolétariat, mais du monde rural. Elle y réhabilite le paysan, cet habituel dénigré des progressismes, et la capacité à se gouverner de façon communautaire et libre. Selon elle, rien de plus exemplaire que la démocratie terrienne ou agraire qui a revêtu plusieurs formes aux cours des temps : assemblées d’habitants du Moyen-âge, les jardins ouvriers, le lopin russe, les jardins communautaires, ou encore les mouvements « Incroyables comestibles » contemporain et de nombreux exemples dans les pays du Sud. […] Du champ au jardin potager, l’agriculture dépend des pratiques de la citoyenneté autant qu’elle les consolide nous dit Joëlle Zask, dont le livre apporte une magistrale réponse au souhait de la philosophie Simone Weil qui, déplorant le manque de considération dont jouissaient les paysans, avait recommandé de leur donner « une marque publique d’attention » aussi importante que possible.

11/06/2016 - L'écologiste

 

Et si un des ferments essentiels de l’esprit et des valeurs démocratiques était lié au travail de la terre ? C’est le parti pris de ce livre de philosophie qui défend l’idée que cultiver la terre n’est pas un travail comme un autre. En prendre soin et la conserver, entrer en dialogue avec ce qu’elle a « d’autre » en elle et nous échappe… Ce travail s’est fait historiquement dans des formes d’associations particulières : jardins ouvriers ou communautaires, pédagogiques ou thérapeutiques, mouvements comme la permaculture ou les « incroyables comestibles », ces nouveaux rapports à la terre ont été l’occasion de l’invention de nouveaux types de liens. Ce livre dense mais passionnant réhabilite la figure du paysan et défend une vision de l’agriculture comme une culture de soi.

02/07/2016 - Plantes & Santé

 

Tandis que des initiatives agricoles telles que les amap tentent de rétablir le lien entre paysans et consommateurs, Joëlle Zask, professeure de philosophie politique à l’université d’Aix-Marseille, témoigne des valeurs démocratiques portées par une forme singulière d’agriculture : les jardins communautaires. L’agriculture est souvent perçue de nos jours comme une activité d’entrepreneur isolé « incapable de développer des intérêts communs ». Pour la chercheuse, le problème tient au régime de propriété moderne. Mais cultiver la terre n’implique pas nécessairement de se l’approprier. La propriété exclusive de la terre a été inaugurée au 18e siècle en Angleterre, puis portée par la Révolution française. Auparavant, il existait des biens communs et des formes communautaires de partage des terres : certains habitants s’autogéraient et conservaient en indivision le terrain afin d’assurer collectivement la collecte de l’impôt et les principales transactions. En ce sens, les démarches actuelles de jardinage et d’agriculture à petite échelle représentent une alternative : ni privatifs, ni collectivistes, les jardins communautaires reposent sur la participation libre des habitants d’un voisinage, favorisant ainsi la solidarité, le partage, l’intégration sociale et l’épanouissement individuel. L’auteure cite l’exemple de Tordmorden, une petite ville anglaise frappée par la fermeture de son industrie textile dont les habitants subissent un chômage massif. Trois femmes vont « sauver la ville en faisant pousser des légumes partout où c’est possible » (bacs sur les trottoirs, bordures de route, parcs municipaux…) pour que les habitants puissent se servir gratuitement. Une forme de citoyenneté participative en plein essor. À New York, il existe déjà 600 jardins communautaires où près de 20 000 citadins cultivent des légumes.

02/09/2016 - Julie Bihl - Sciences Humaines

 

Table des matières

Introduction. Se conduire sans un maître
1. De la culture de la terre à la culture de soi
2. Les jardins partagés, laboratoire de la sociabilité démocratique
3. Politiques du jardinage
4. De la terre cultivée à la culture démocratique
Conclusion. Assister la terre
Notes.

Droits étrangers

DEMOCRACY IN THE FIELDS
From the Garden of Eden to Community Gardens, How Agriculture Cultivates Democratic Values

We are accustomed to thinking modern democracy comes from the Enlightenment, from factories, from businesses, from the city… Farmers are considered at best simple and virtuous and at worst old-fashioned, reactionary and hateful of anything to do with the city, society or real progress. This book disagrees and explores how the relationship between a farmer or gardener and the land encourages civic duty. This is shown through an impressive parade of democratic experiences: from the Garden of Eden to the miniature republic of Jefferson’s farm, from medieval hortillonnages in Amiens to Savannah’s urban agriculture by way of kibbutz, worker’s gardens or city community gardens, and many more examples, each more original than the last.


Joëlle Zask teaches in the philosophy department at the University of Aix-Marseille. She has just published Introduction à John Dewey (La Découverte, 2015).


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com