L'extase totale
Le IIIe Reich, les Allemands et la drogue

Norman OHLER

La drogue est la continuation de la politique par d’autres moyens : telle est sans doute l’une des leçons les plus méconnues du IIIe Reich… Découverte au milieu des années 1930 et commercialisée sous le nom de pervitine, la méthamphétamine s’est bientôt imposée à toute la société allemande. Des étudiants aux ouvriers, des intellectuels aux dirigeants politiques et aux femmes au foyer, les petites pilules ont rapidement fait partie du quotidien, pour le plus grand bénéfice du régime : tout allait plus vite, on travaillait mieux, l’enthousiasme était de retour, un nouvel élan s’emparait de l’Allemagne.
Quand la guerre a éclaté, trente-cinq millions de doses de pervitine ont été commandées pour la Wehrmacht : le Blitzkrieg fut littéralement une guerre du « speed ». Mais, si la drogue peut expliquer les premières victoires allemandes, elle a aussi accompagné les désastres militaires. La témérité de Rommel, l’aveuglement d’un Göring morphinomane et surtout l’entêtement de l’état-major sur le front de l’Est ont des causes moins idéologiques que chimiques.
Se fondant sur des documents inédits, Norman Ohler explore cette intoxication aux conséquences mondiales. Il met notamment en lumière la relation de dépendance réciproque qui a lié le Dr Morell à son fameux « Patient A », Adolf Hitler, qu’il a artificiellement maintenu dans ses rêves de grandeur par des injections quotidiennes de stéroïdes, d’opiacés et de cocaïne. Mais, au-delà de cette histoire, c’est toute celle du IIIe Reich que Ohler invite à relire à la lumière de ses découvertes.

Version papier : 21 €
Version numérique : 14,99 €
Facebook Twitter Google+ Pinterest
Détails techniques
Postface de Hans MOMMSEN
Traduit par Vincent PLATINI
Collection : Hors collection Sciences Humaines
Parution : septembre 2016
ISBN : 9782707190727
Nb de pages : 250
Dimensions : 155 * 240 mm
ISBN numérique : 9782707193179
Format : EPUB

Norman OHLER

Norman OHLER
Norman Ohler est un journaliste et réalisateur de documentaire allemand. Il a notamment travaillé pour Stern et le Spiegel. L’Extase totale est son cinquième livre.

Extraits presse

Dope et violence extrême : le tandem infernal n’est pas nouveau dans l’Histoire, comme le raconte « L’extase totale », du journaliste Norman Ohler. En avril 1940, la Wehrmacht passa commande de 35 millions de doses d’une pilule miracle qui fut distribuée aux soldats prêts à se ruer sur les Ardennes. L’objectif ? Conquérir Sedan en soixante-douze heures. Boucler l’opération sans dormir pour prendre les Français de vitesse. Ce fut l’apogée du Blitzkrieg. Cette pilule était bien connue des civils allemands, qui la consommaient depuis 1937 : la pervitine. Une méthamphétamine que les usines Temmler, au sud-est de Berlin, avaient synthétisée grâce au Dr Haushild – qui mit en place, après guerre, un programme de dopage pour les sportifs de la RDA. La thèse d’Ohler est simple mais efficace : l’adhésion du peuple allemand au nazisme ne fut pas seulement idéologique, mais chimique. La population en croqua pour tenir le pari des défis productivistes auquel elle était soumise. Les militaires aussi, pour mener des offensives foudroyantes qui nécessitaient éveil, concentration, désinhibition et perte du sens du danger. Et, enfin, le sommet de la hiérarchie, à commencer par Hitler, que son médecin très particulier, le Dr Theodor Morell, bourra à sa demande d’Eukodal et de cocktails vitaminés afin qu’il tienne la barre jusqu'au bout.

08/09/2016 - François-Guillaume Lorrain - Le Point

 

Bien avant l'arrivée au pouvoir de Hitler, l'Allemagne était une «terre de drogues»: en 1919, le pays perdait ses territoires coloniaux et de facto les substances médicinales qu'on y trouvait. Cette carence dynamisa l'industrie pharmaceutique, qui ne tarda pas à développer des substituts et à s'imposer comme un leader mondial. Entre 1925 et 1930, l'Allemagne était le premier exportateur d'héroïne, produisant à elle seule 40% de la morphine mondiale. Tout à leur obsession purificatrice, les nazis firent campagne, très tôt, contre des paradis artificiels assimilés à la décadence, produit de la démocratie vérolée par le «judéo-bolchevisme». L'appétit de drogues n'était pas tari pour autant: en 1938, les laboratoires Temmler lançaient, à grand renfort de publicité, une nouvelle méthamphétamine, la pervitine, un psychotrope surpuissant dont les créateurs dissimulaient les effets secondaires. Vendue comme un stimulant, la pervitine séduisit tout le monde: étudiants, ingénieurs, chercheurs, ouvriers, femmes au foyer, et surtout médecins comme pharmaciens, emballés par la disparition, douze heures durant, de tout signe de fatigue, agrémentée d'un effet coupe-faim et d'une allégresse totale. « La consommation n’a pas été imposée, comme on pourrait s’y attendre pour une dictature, de haut en bas, mais s’est faite du bas vers le haut », souligne Norman Ohler. Dans cette période marquée par un rebond spectaculaire de l’économie et la renaissance du « Grand Reich », l’ambiance est au dépassement de soi. Résultat ? « Échaudé par un cocktail mortel de propagande et de médicaments, le peuple sombre de plus en plus dans un état de dépendance », résume l’auteur. Une dépendance certes, mais plurielle : sa substance principale n’est-elle pas le mirage du nazisme ? La puissance Wehrmacht estime bientôt que la pervitine est un produit « idéal pour le soldat ». En dépit des alertes que lancent de rares spécialistes alarmés par l’état des étudiants ayant abusé des gélules miracles, elles seront employées à grande échelle : elles cadrent en effet à merveille avec le mythe nazi du guerrier aryen, insensible à la peur et à la douleur. Premier théâtre d’expérimentation, l’invasion de la Pologne, le 1er septembre 1939, s’est faite sous méthamphétamine : « Tout le monde est frais, joyeux, discipline excellente. On s’encourage, excitation. Pas d’accident. Effets durent longtemps. Voit double et avec couleurs après la 4ème pilule », note un rapport de terrain. La « guerre éclair » lancée conte les troupes franco-britanniques, le 10 mai 1940, devait compenser l’infériorité numérique et matérielle des troupes nazies, dopées de surcroit par 35 millions de doses commandées aux usines Temmler.

15/09/2016 - Maxime Laurent - L'Obs

 

Felix Hoffmann, le chimiste employé par les entreprises Bayer qui inventa l'aspirine à la fin du XIXe siècle, découvrit, dix jours plus tard, une autre substance, la diacétylmorphine, première drogue de synthèse promise à un douteux succès sous le nom d'héroïne. Norman Ohler, l'auteur de cette formidable enquête sur le rôle joué par les drogues dans l'histoire du national-socialisme, rapporte ce propos des dirigeants de Bayer, qui commercialisent alors la drogue comme remède contre les maux de tête : « L'héroïne est un beau négoce ». Les Allemands, on le sait, sont de grands chimistes. Mais ils furent aussi, au début du dernier siècle, les plus gros consommateurs de remontants artificiels en tout genre. L'opium est né en Allemagne au moment même où Goethe écrivait son Faust, « donnant ainsi son expression littéraire à une thèse qui lie drogue et existence humaine, explique le journaliste-historien : j'altère mon cerveau, donc je suis ». Sous la République de Weimar, dans les fantasques années 20, les fumeries d'opium prospèrent à Berlin. En 1928, pour la seule capitale, 73 kilos de cocaïne et de morphine s'écoulent par les pharmacies. (…) En arrivant au pouvoir, le régime nazi se fait fort de tarir cette source de dégénérescence du peuple allemand. Pourtant, c'est lui qui va utiliser à une échelle jamais atteinte une pilule connue sous le nom de « pervitine » pour entretenir le moral des armées et de la population civile, rudement éprouvée par la guerre. Composante de la « drogue du peuple », la méthamphétamine est aujourd'hui strictement contrôlée partout dans le monde. Dans les premières années du IIIe Reich, elle était pourtant en vente libre. En plongeant dans les archives militaires de Fribourg, Norman Ohler a pu consulter des rapports médicaux entiers sur les effets de la substance sur les troupes, par exemple durant l'invasion de la Pologne. (...) Le meilleur utilisateur de ces produits miracles n'est autre qu'Hitler. L'ouvrage est pour l'essentiel consacré à la relation de dépendance qui s'est rapidement établie entre le Führer, identifié dans les documents officiels comme le « patient A », et son médecin personnel, le dénommé Theodor Morell. Avec lui, le maître du Reich multiplie les injections au fil des jours, son traitement s'étoffant jusqu'à comporter « plus de 80 préparations et produits à base d'hormones, de stéroïdes et autres médicaments souvent peu orthodoxes ». Le gratin de la Wehrmacht a droit lui aussi à se régaler avec une pastille enveloppée dans du papier argenté baptisée « Vitamultin », un cocktail pharmaceutique qu'on absorbe comme des bonbons. « Entre les injections d'hormones et de stéroïdes, puis la cocaïne et surtout l'eucodal dans la seconde moitié de 1944, Hitler n'a quasiment pas connu un seul jour de sobriété depuis l'automne 1941 », note Ohler. Une « extase totale » qui éclaire d'un autre jour la crépusculaire fin de l'Allemagne nazie.

09/09/2016 - Les Échos - H. G.

 

Outre ce tableau militaire étonnant, l’enquête insiste sur la relation symbiotique d’Hitler à son médecin, Théo Morell, dont l’agenda, minutieusement compulsé par l’auteur, dévoile la présence quotidienne auprès du Führer et les méthodes pour le moins audacieuses, voire charlatanesques. Morell fait tout pour répondre aux immenses attentes de son patient, quitte à tester sur lui de nouvelles substances. Une spirale ne tarde pas à se mettre en place au point qu’ « entre les injections d’hormones et de stéroïdes, puis la cocaïne et surtout l’eucodal dans la seconde moitié de 1844 au plus tard, Hitler n’a quasiment pas connu un seul jour de sobriété depuis l’automne 1941. Norman Ohler, qui n’est pas un historien professionnel, ne propose pas une nouvelle interprétation du nazisme ou de la personnalité d’Hitler. Il se contente de manière modeste et convaincante, de soulever le voile que les nazis ont efficacement posé sur ce pan de leur réalité en construisant le mythe d’un chef sain et abstinent et d’une Allemagne pure.

23/09/2016 - Julie Clarini - Le Monde des Livres

 

Le 13 novembre 1940, le quotidien milanais Il Corriere della Sera faisait discrètement mention d'une « pilule du courage » qui aurait été administrée à grandes doses par l'armée allemande à ses troupes et leur aurait permis cette prodigieuse efficacité lors du blitzkrieg, la guerre éclair menée contre la France. La nouvelle fut brièvement exploitée par la BBC qui tenait la preuve que l'énergie allemande n'était pas le simple fruit de l'idéologie « supérieure » des nazis mais de leur médecine, puis elle tomba vite dans l’oubli. Quelle nation n’utilisait pas de drogues pour aider ses combattants à supporter les affres du combat ? La gnole des tranchées, la benzédrine de la Royal Air Force. Sauf que les nazis, eux, n’avaient pas hésité à aller très loin. Ils eurent recours aux méthamphétamines découvertes dans les années 1920 par la puissante industrie allemande.

22/09/2016 - Jacques de Saint Victor - Le Figaro littéraire

 

Dans des pages d’une intensité surprenante, Norman Ohler décrit comme dans un film de Tarantino la traversée de la France d’officiers allemands totalement allumés, qui n’obéissent même plus aux ordres de leurs supérieurs et foncent pour prendre en tenaille les forces alliées. Jusqu’à inquiéter Hitler et ses proches, eux aussi pris de cours par la fougue belliqueuse et imprévue de ces commandos. «Contrairement à ce qui sera dit plus tard, la campagne n’a jamais été pensée du début à la fin comme un Blitzkrieg. Elle a engendré […] sa propre dynamique, favorisée par l’utilisation massive de la pervitine», écrit Norman Ohler, soutenu dans cette thèse par l’historien allemand Peter Steinkamp, qui l’avait lui-même déjà formulée.
Les Alliés sont désarçonnés et Norman Ohler ne manque pas de rappeler les réactions épouvantées d’Edouard Daladier à l’annonce de la capitulation française («ce n’est pas possible !») ou de Winston Churchill, lequel tablait sur «une pause» au bout de quelques jours, ne serait-ce que pour ravitailler les troupes allemandes. Elle n’aura pas lieu. Mais Hitler lui aussi est «dépassé». Sur les conseils de Göring, le Führer commet alors une erreur fatale en freinant les ardeurs de ses hommes, devenus incontrôlables. C’est lui qui décrète la pause sur le terrain, en faveur de la Luftwaffe, l’armée de l’air allemande, qui au final échouera à maîtriser les cieux, et permettra aux soldats français et britanniques, coincés à Dunkerque, d’être exfiltrés.
(…) Sous l’emprise des drogues, Hitler a pris de «mauvaises» décisions (ce dont on ne peut a posteriori que se réjouir, évidemment), toujours méfiant à l’égard de ses généraux, largement affaibli après l’attentat raté de juillet 1944 qui le laisse avec les tympans crevés. C’est à ce moment-là qu’on commence à lui badigeonner le nez de cocaïne alors que ses bras sont tellement percés de trous de piquouzes qu’il devient difficile de lui administrer de nouveaux remontants. Dans un élan de rage ultime, il congédie son médecin, dealer devenu impuissant, quelques jours avant de se suicider. «Les drogues sous le IIIe Reich ont donc été l’instrument d’une mobilisation artificielle ; elles ont pallié une ferveur qui s’amenuisait avec le temps et gardé la clique au pouvoir en état de fonctionner», conclut l’auteur, qui souligne que «ces produits n’ont fait qu’exacerber des éléments déjà présents».
Norman Ohler, né près de la frontière franco-allemande, n’a jamais oublié la façon dont son grand-père racontait l’Allemagne nazie : «Comme beaucoup de personnes âgées, il évoquait surtout "l’absence de crimes", "un monde ordonné", "propre". Il faudra attendre la réunification et la fin de l’opposition au communisme qui brouillait les cartes, pour qu’une autre parole se libère.» Il est peut-être temps désormais d’assumer aussi que les nazis, qui «se donnaient des airs de père la vertu en menant en grande pompe une politique antidrogue», comme le rappelle l’auteur, n’étaient que des tartuffes pitoyables. L’histoire ne finit jamais de s’écrire.

27/10/2016 - Maria Malagardis - Libération

 

Depuis la fin du IIIe Reich, on ne compte plus les sommes parues sur cet épisode de l’histoire. Tout était dit ou presque. Manquait un angle : le chapitre chimique. C’est chose faite avec L’Extase totale, une enquête captivante, n’épargnant ni les producteurs (Bayer) ni les consommateurs, Allemands du quotidien et surtout soldats de la Wehrmacht dont il faut entretenir la vaillance à coups de « pervitine ».

08/12/0016 - Politis

 

L’intérêt du livre du journaliste Norman Ohler est d’insister sur un caractère méconnu et bigrement moderne du IIIe Reich et de la « vision du monde » nazie : la quête, par tous les moyens, de la « performance » (Leistung) physique et psychique, qui donnait tout son prix à un individu donné, devait être augmentée par des produits chimiques.

02/01/2017 - Les Collections de l'Histoire

 

En décrivant les derniers jours d’Hitler comme ceux d’un junkie en manque, Norman Ohler propose une lecture inhabituelle de la déchéance finale du sinistre Fuhrer. Par là, il dévoile un pan de l’histoire auquel le lecteur est peu accoutumé.
Le livre soulève ainsi la question la plus générale des rapports de l’Allemagne nazie à la drogue. (…) En agençant tous ces faits problématiques, Norman Ohler produit un effet saisissant qui donne envie de poursuivre les recherches.

02/02/2017 - Daniel Adjerad - Esprit

 

Table des matières

Notice d’utilisation et précautions d’emploi
Tableau clinique
Diagnostic
Éléments actifs
Précautions d’utilisation
Effets secondaires
Conservation du produit
I / Pervitine : l’amphèt’ nationale
Breaking Bad : une usine à dope au cœur du Reich
Aux origines de la drogue : le XIXe siècle
L’Allemagne, terre de drogues
1920, les années dope
Changement de régime, changement de produit
Politique antidrogue, politique antisémite
La star des médecins du Kurfürstendamm
Le Patient A
Drogue du peuple et peuple drogué
II / Blitzkrieg meth (1939-1941)
En quête de preuves : Archives militaires fédérales allemandes, Fribourg
L’armée découvre la drogue (allemande)
Pain blanc, pain noir et cellules grises
Comme des robots
Burn-out
Les temps modernes
Le temps, c’est de la guerre
« Flânez pas, foncez ! »
Chrono-meth
Piège de cristal
Une guerre éclair trop rapide
Une interprétation pharmacologique
Le dealer de la Wehrmacht
Guerre et vitamines
I believe I can fly
Du pain bénit pour l’ennemi
III / High Hitler – le médecin du Patient A
Aux archives de Washington
Un mental de bunker
Ivresse de l’est
Un ancien médecin-officier raconte
La Tanière du loup-garou
L’abattoir ukrainien
« X » : dans un autre monde
Eucodal
Services secrets et marchands de drogues
Patient B
Un attentat et ses conséquences pharmacologiques
La cocaïne, enfin !
Speedball
La guerre des médecins
Autodestruction
Le superbunker
La fermeture éclair
La faute à qui ?
IV / Dernières débauches : Blut und Drogen (1944-1945)
Rendez-vous à Munich : l’Académie médicale de la Bundeswehr
À la recherche de la nouvelle came
En service commandé à Sachsenhausen
La patrouille des pilules
La descente
Lavages de cerveaux
Le crépuscule des drogues
Last exit Führerbunker
Congédié
L’ultime poison
La chute du Dr Morell
L’extase millénaire
Postface
Remerciements.