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Catalogue / Ethnologie et anthropologie / Jouer     

Jouer
Une étude anthropologique

Roberte HAMAYON

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Jouer
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Jouer, voilà une évidence bien embarrassante : la notion est unanimement reconnue universelle, applicable à l’animal comme à l’homme, mais rien ne définit ce qui est commun à toutes ses manifestations, de l’amusement enfantin à l’action théâtrale, de la compétition sportive à la spéculation boursière.
Sur le terrain d’anthropologue de l’auteur (Mongolie, Sibérie), jouer a une place au plus haut niveau : les fêtes nationales s’appellent « Jeux », faisant écho à leur façon aux jeux du cirque de la Rome antique comme aux jeux Olympiques d’aujourd’hui. Ces Jeux, porteurs d’une identité et d’une éthique, se veulent aussi action sur l’avenir. Leur examen fournit l’occasion d’un parcours à travers les multiples dimensions du jouer. Partant de la lutte et de la danse, passant par l’apprentissage, l’interaction, l’émotion et la stratégie, ce parcours croise aussi bien la chance et la croyance que l’ambiguïté des rapports à la fiction et à la réalité. Il s’achève sur deux caractéristiques du jouer, sa marge et sa structure de métaphore.
Restauré dans son unicité, jouer apparaît comme une modalité de l’action à part entière. Si « jouer n’est pas faire au sens courant » comme disait Johan Huizinga, n’est-ce pas faire autre chose, ailleurs, autrement ?

Avant-propos. Remerciements
Carte des peuples autochtones de Sibérie orientale
Introduction : Le « jouer » : un noeud de paradoxes
I / Des jeux au jouer
1. Le jouer peut-il constituer un objet de recherche ?
Le curieux désintérêt de l’anthropologie contemporaine
Des voies de traverse
À travers le sport, comme activité réglée - À travers le rituel, comme structure d’interaction
Vers les études cognitives
À partir de la psychologie de l’enfant comme structure de cognition - Dans les théories de l’éducation et de l’apprentissage
Variété des découpages terminologiques
Petite histoire étymologique
Fragmenter ou unifier ?
La rareté des théories généralistes - Définir, classer : une incertaine utilité
Retour à l’unicité du jouer
2. Histoire du jouer en Occident. Du blâme à la récupération
La condamnation chrétienne
Tertullien et les « spectacles »
Offrir aux morts le sang des vivants - Représenter, c’est tromper - Plaisir des hommes, déplaisir de Dieu - Dix siècles de « dressage » du corps
Multiples attaques, multiples cibles - Du bon et du mauvais emploi des parties du corps - Les pieds ne sont pas faits pour sauter
Le corps et l’âme, l’animal et l’homme
Le théâtre ment
Les jeux dissociés et récupérés
L’art de la guerre, l’art de l’amour
Le plaisir, l’ennui, le délassement
Les enjeux du jouer : deviner, gagner
La divination ment
Le hasard, le temps et l’argent
La redistribution et la loterie
Les jeux ont-ils tué le « jouer » ?
3. Le jouer défini par la négative. Une modalité de l’action en décalage
Mais qu’est-ce qu’un « cadre de non-jeu » ?
Un cadre fictionnel renvoyant à une réalité empirique - Une autre façon de faire : faire autre chose, ailleurs, autrement
Un faisceau de dimensions interdépendantes
L’attente d’un « effet » - La récurrence d’une distance ou d’un écart
4. Le jouer bouriate. Un cas exemplaire
Les Jeux collectifs
Les Jeux de la jeune fille préparent à l’amour : accent sur la danse sautillante
Ils déclenchent la trajectoire héroïque dans le discours épique - Ils enterrent la vie de jeune fille et instaurent la vie d’épouse - Ils disparaissent avec l’extension du pastoralisme et du bouddhisme - Il y a coup de tête et coup de tête
Le rituel chamanique inculque une double virilité : accent sur la lutte bondissante
La tâche du chamane : faire « jouer » la jeunesse - La gestuelle du chamane : approche amoureuse et
combat - Autre tâche du chamane : « encorner » les hommes mariés
Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?
5. Des mouvements vifs et répétés créant un cadre fictionnel
L’étroite association de deux types de mouvement et la création du cadre de jeu
Ces mouvements s’inspirent de certaines espèces animales - Dans les espèces choisies pour modèles, le mâle repousse ses rivaux pour séduire la femelle - Qu’implique, pour les humains, le devoir d’associer ces deux types de mouvement ?
Les limites des explications fonctionnelles
Les limites de la notion d’agôn
Adversaire et partenaire, partenaire et adversaire - Le joueur solitaire - La notion de sanction interne
Quand se distend l’association entre les deux types de jeu
L’implication du corps dans l’intériorisation des idéaux
La formalisation
Du geste au son
La contrainte du cadre : les Jeux demeurent même si les jeux changent
II / Le jouer et ses multiples dimensions
6. L’implication du corps et la genèse d’autres dimensions
7. L’imitation. « Faire comme », « faire comme si »

Faire comme l’autre : faire des jeux entre soi
L’histoire voit diminuer l’imitation et demeurer les Jeux
Faire comme si on était l’autre : simuler, jouer à être l’autre
Le rituel décalque la chasse, la chasse décalque le rituel
Vers des imitations non gestuelles
Remarques comparatives
Le cadre fictionnel, point commun du jeu et du rite
Les mille et une vertus de l’imitation
8. La préfiguration. Un mode décalé de préparation
Du bon usage de la fiction
Trois cadres fictionnels et trois types de préparation
Recompositions récentes et préparation au niveau national
Le caractère préparatoire du Naadam mongol - Tout (ou presque) peut être occasion de jouer en
privé, tout jeu informel peut « préparer » - La double notion de sanction : le tir ou l’art de viser
juste
L’idéal du chasseur
Du geste et du son, et à nouveau du geste au son
Sur quoi repose l’« effet » préparatoire attribué aux formes qui ne relèvent pas du « jouer » ?
« Modèle réduit »
9. Le processus cognitif. Identité et altérité, opposition et complémentarité
La notion de communauté. Reproduction physique, reproduction sociale
La très fréquente association des jeux de lutte et de danse
La construction du soi comme sujet individuel par l’expérience de l’altérité
La construction de l’autre par le « jouer » et le rôle de l’« animation »
La construction des relations sociales sur le modèle des jeux physiques
Tout peut être occasion de rivaliser
Dissymétrie sexuelle et privilège masculin
La fonction de la sanction interne - La marginalisation progressive des jeux de type danse
Face aux espèces animales, l’espèce humaine est mâle et c’est elle qui « joue »
Prendre le risque de la sanction donne aussi l’avantage dans le chant épique - Les propriétés cognitives du jouer reposent aussi sur sa forme
10. L’interaction. Les humains et leurs « autres »
Agir par modèles animaux interposés
« Réjouir » les êtres immatériels
« Réjouir » pour divertir, faire diversion - « Réjouir » les humains morts pour les revitaliser
Des interactions qui font alterner la vie et la mort
L’écoulement du sang pour prix de la vie
11. La dramatisation. Représenter et produire un « effet »
Représenter
Représenter des êtres, représenter des actes
Représenter une action en train de se faire - Des représentations dramatiques qui ne s’appellent pas jouer - De l’impossibilité d’incarner un dieu transcendant
Épilogue : théâtralisation contemporaine des interactions avec les invisibles
12. L’implication du psychisme. Joie et émotion, conscience et croyance
Joie et résistance à la douleur, rire et goût du risque
Le rire, ritualisation de l’agressivité
Manifester de la joie, ressentir du désir : une imprégnation culturelle
Une éthique fondée sur l’optimisme volontariste
Croyance, émotion et conscience : l’« entrée dans le jeu »
Le rapport entre croyance et objet de croyance - De l’attitude de croyance sans objet de croyance
Optimisme et mouvement
La joie de jouer et la préparation de l’avenir
13. L’indétermination. La chance
L’enjeu pragmatique du « jouer » préparatoire
L’improductibilité, facteur d’indétermination par excellence
La chance, tête de file d’une série sémantique
La chance se gagne
Chance personnelle : jeux privés à sanction interne
Jouer en solitaire - De nouveau, de la croyance sans contenu de croyance - De la sanction interne à l’aléa - Et de l’aléa à la causalité relationnelle
La chance à la chasse, sa face collective et sa face personnelle
La chance sous tous ses aspects : spatial, dynamique et matériel
L’association de l’amour à la chance du chasseur
La chance matérialisée et partagée
Jusqu’où y a-t-il équivalence entre jouer et chasser ?
La féminité des instances sources de chance
… leur masculinisation et leur humanisation - Les ancêtres dispensateurs de grâce - La grâce ancestrale gardée pour soi
Y a-t-il une corrélation entre masculinité des figures donneuses et sécurité ?
D’autres chances privées : polyvalentes, floues et sans fi gure donneuse
La chance, obstacle à l’exercice du pouvoir
La chance, outil de contre-pouvoir
14. La stratégie. La ruse
La dissimulation
La ruse active
La ruse au seuil du registre du « jouer » - De la ruse dans le jeu à la tromperie dans l’au-delà
du jeu
L’« effet » du jouer rusé sur la réalité ou la mesure de l’intelligence
Le chamane use-t-il de ruse ?
Les fondements de la sélection - Loyauté envers les esprits des espèces sauvages
Les esprits des espèces sauvages ne peuvent être trompés,
L’imbécillité des âmes d’humains morts et autres divinités - La frontière poreuse entre ruse et tromperie
15. Les répercussions sociales et politiques. Redistribution et hiérarchisation
La chance : chassés croisés entre sélection et redistribution
Le rituel chamanique : double distribution sélective de chance matérialisée - La chance individuelle au service de l’intérêt collectif
La matérialité de la chance, condition de sélection et de redistribution
Autres façons de combiner sélection et distribution, autres jeux
La redistribution est-elle source de pouvoir ?
L’accès au pouvoir par la redistribution de biens matériels
Redistribution de biens immatériels. De la chance à la providence
Libéralisme, écologie et recours au jeu
L’accès à du pouvoir par la compétition
De la compétition à la hiérarchisation
Et de la hiérarchisation à la centralisation du pouvoir
16. Le privilège de la virilité
Un acte orienté et sanctionné
Modèle mécanique, modèle sexuel : des métaphores croisées
La mise en scène rituelle de la complémentarité des sexes
Du jeu à sanction au pouvoir politique : une irrésistible extension
Terrestre ou transcendant, le pouvoir est viril et féminise le dominé - Du mari au père
De l’utilité du mouvement et de l’écart ou distance
… et de l’interdépendance entre dynamique et altérité
17. L’exploitation du décalage. La marge et la métaphore
La marge comme condition fonctionnelle
La métaphore comme condition structurelle
La métaphorisation comme outil et technique de la pensée
La métaphorisation comme création fictionnelle - Brève réponse à quelques critiques de la notion de
métaphore - Le fondement expérientiel de la métaphorisation - Le caractère partiel de la métaphorisation - Les contraintes de la métaphorisation
L’altérité au fondement de la métaphorisation
La concrétisation
Le jeu et le rite à la lumière de la métaphore et de la marge
Conclusion : à vous de jouer
Bibliographie générale et des ouvrages cités.

Est-il possible, au-delà des classifications, des définitions, des modalités, des principes, des fonctions du jeu, de cerner ce que, pour l’homme, «jouer» veut dire ? C’est à une telle tentative que se livre Roberte Hamayon dans Jouer. Une approche anthropologique.

12/09/2012 - Robert Maggiori - Libération

 

Etudiant les rituels chamaniques des sociétés sibériennes, l'ethnologue Roberte Hamayon montre dans une belle étude que s'adonner au jeu, c'est « faire autre chose, ailleurs et autrement ». Elle dit qu'elle a eu de la chance. Il en fallait sans doute pour effectuer un tel parcours d'ethnologue. Quand Roberte Hamayon a commencé à étudier les peuples mongols, en 1967, ses collègues prétendaient qu'on ne pouvait pas faire de terrain en régime soviétique et ses informateurs la forçaient à boire de la vodka pour vérifier qu'elle n'était pas une espionne de Moscou...

12/10/2012 - Frédéric Keck - Le Monde des Livres

 

« Plus encore que les jeux, c’est la notion même de jouer qui semble négligée par l’anthropologie. » Sur ce terrain en partie délaissé par la recherche, l’auteur nous conduit dans une étude rigoureuse du jeu, des significations données à l’acte de jouer ou à ne pas jouer, de l’implication du corps, de ce que cela suppose dans la construction de soi et dans la relation à l’autre… En s’appuyant sur la vaste palette de jeux qui s’offre à nous, des jeux d’enfants à ceux de l’amour, en passant par le sport, la chance, les croyances, aujourd’hui et autrefois, ici et ailleurs… Roberte Hamayon s’arrête sur l’implication du psychisme dans l’action de jouer, ses répercussions sociales et politiques, ou encore sa possible dimension masculine. C’est un livre savant, écrit dans un style précis et agréable.

01/11/2012 - Le Journal des Psychologues

 

« Jouer », en français, évoque une activité peu sérieuse. Pourtant, en Sibérie, on affirme que lorsque les chamanes « jouent », il peut en résulter des conséquences graves pour tout le monde. Où se trouve la frontière entre le rite et le jeu ? Telle est l’énigme que Roberte Hamayon s’est attelée à dénouer.

01/11/2012 - Nicolas Journet - Sciences Humaines

 

Les études sur l'historique et la psychologie du jeu sont très rares, peu de professionnels de la psy - hormis dans le domaine de l'éducation - s'étant penché sur le sujet. Pourtant les pratiques du jeu existent depuis que le monde est monde, et ne sont pas forcement synonymes d'amusement ou de loisir: certaines sont parfois très sérieuses et peuvent revêtir un caractère sacré. Sous-titréUne étude anthropologique - l'auteure a fait son étude de terrain principalement en Mongolie et en Sibérie -, cet essai remarquable s'appuie également sur la psychologie cognitive pour nous faire découvrir les mécanismes psychiques du jeu et de la ritualisation, les modes relationnels, la fonction des émotions ou de la spiritualité. Un ouvrage de haut niveau, assez spécialisé, mais parfaitement accessible.

01/12/2012 - Psychologies Magazine

 

On oppose généralement les jeux, performances sportives, et le jeu, au sens d'un divertissement. Roberte Hamayon retrouve l'unité de ces deux aspects dans le chamanisme sibérien. Pour le chaman, bondir comme les animaux permet à la fois de se préparer à la chasse et de domestiquer la chance. Et usage de la "fiction", discrédité en Occident, est réhabilité par l'ethnologue au terme de superbes analyses.

21/06/2013 - Frédéric Keck - Le Monde des Livres

 

THE SPIRIT OF GAME


Taking up the issues that were first examined by Johan Huizinga in his famous Homo Ludens, and by authors such as Roger Caillois, Donald Winnicott and Jacques Henriot, R. Hamayon seeks to bring out the salient and little-known elements of a general anthropology of game and chance.


Roberte Hamayon is an anthropologist, head of studies emeritus at the École pratique des Hautes études. She has done fieldwork in Mongolia and Buryatia (South Central Siberia). Her main publications are on Shamanism, and her book : La chasse à l'âme. Esquisse d'une théorie du chamanisme sibérien (éd. Société d'ethnologie, 1990), is a leading work on the subject. She has received the silver medal of the CNRS.


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com
 
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