Encaisser !
Enquête en immersion dans la grande distribution

Marlène BENQUET

Marlène Benquet a mené pendant trois ans une enquête sur une des principales entreprises françaises de grande distribution : d’abord caissière, elle a ensuite fait un stage au siège du groupe et un autre au sein de l’organisation syndicale majoritaire. Elle révèle dans ce livre stupéfiant les « dessous » de la grande distribution.
L’identité des fondateurs (« des épiciers ») a été bouleversée par l’arrivée de nouveaux actionnaires financiers : le management par la promotion a largement disparu, et l’ensemble des salariés accepte mal ce qu’ils vivent comme une insécurité grandissante. Dès lors, pourquoi acceptent-ils d’« encaisser » ces réorganisations fragilisantes ?
« Je voulais savoir ce que cela faisait d’être caissière pour comprendre pourquoi elles ne se révoltaient pas ou, en tout cas, moins que dans d’autres secteurs professionnels. » Au sein du siège, le cloisonnement est de règle : impossible de se déplacer dans d’autres services sans une bonne raison. Quant à l’organisation syndicale majoritaire, comment a-t-elle réussi à s’implanter ? Comment contribue-t-elle à la paix sociale ?
Ni l’« adhésion » ni la répression ne suffisent à expliquer pourquoi les salariés s’investissent dans leur travail. Plus proches du jeu de go que des échecs, les stratégies patronales neutralisent les salariés mais ne les soumettent pas.

Version papier : 11,50 €
Version numérique : 9,99 €
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Détails techniques
Collection : La Découverte Poche / Essais n°434
Parution : septembre 2015
ISBN : 9782707187093
Nb de pages : 336
Dimensions : 125 * 190 mm
ISBN numérique : 9782707188380
Format : EPUB

Marlène BENQUET

Marlène Benquet, sociologue, est chargée de recherche au CNRS, membre de l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (Irisso). Elle est notamment l’auteure de Les Damnées de la caisse. Grève dans un hypermarché (Éditions du Croquant, 2011).

Extraits presse

Les salariés des caisses des supermarchés se rassemblent rarement dans des actions collectives vindicatives. Pourtant, les grandes surfaces rassemblent sous le même toit de nombreux salariés aux conditions de travail similairement délétères et à l'emploi non délocalisable. Comment peut-on, dès lors, expliquer la faible révolte de ces « damnées de la caisse » ? Afin de répondre à cette question, Marlène Benquet a mené une recherche sociologique, fondée sur une ethnographie en trois volets, au sein d'un même groupe de grande distribution française : la sociologue a travaillé en tant que caissière à temps partiel et a été recrutée comme stagiaire au sein du siège du groupe puis de l'organisation syndicale Force Ouvrière (FO). Au-delà de la réponse à la question initialement posée, cette enquête peet de comprendre, en mobilisant de nombreux travaux sociologiques, comment est obtenue l'adhésion et la participation de l'ensemble des salariés à l’activité de leur entreprise, de même que l'arrivée d'un capitalisme actionnarial, se substituant à un capitalisme managérial teinté de paternalisme.

16/07/2013 - Laure Célérier - Liens socio

 

Table des matières

Prologue : Où l’on écoute un jour, à Varsovie, le PDG choisi par les nouveaux actionnaires financiers
De la nécessité d’obtenir l’investissement et des moyens d’y parvenir
Comprendre les évaluations que les individus font de leur situation
Du choix de l’observation participante transversale
Garantir l’anonymat
Introduction : Comme on gère les hommes, on fait du profit
Où l’on découvre que le passé n’intéresse pas grand monde et où l’on se demande pourquoi
Des années 1960 aux années 1980 : où l’entreprise familiale devient un grand groupe coté
Les années 1990 : où une nouvelle direction professionnalisée fait le choix de la croissance externe et de l’internationalisation
Les années 2000 : quand les commerçants passent dans les mains des financiers
A chaque stratégie de croissance, son mode de gestion des hommes et des activités
I / Tout en haut : les professionnels de l’obtention du travail
1. Où l’on observe ce qu’ils font

De la difficulté à savoir où l’on est
« On devient la cinquième roue du carrosse. » La revanche des « opérationnels »
Où l’on découvre que le « relationnel » est un travail
Traduire les consignes venues d’en haut pour les justifier
Profession : « Construire les conditions de la paix sociale nécessaire à la performance et à la réalisation des projets du groupe »
2. Où l’on écoute ce qu’ils disent de ce qu’ils font
Être chef d’entreprise comme on est chef de famille
Les nouveaux experts en communication
Les « nouveaux » n’ont pas le même profil que les anciens
On lutte à la tête de l’entreprise
3. Où l’on comprend pourquoi ils continuent de le faire
Où l’on découvre que les chefs n’ont pas toujours le bras long
Au-dessus des chefs, il y en a toujours d’autres
La majorité ne sait rien et une minorité pas grand-chose
4. La déconfiture des arroseurs arrosés
II / Tout en bas, les magasins
1. Où l’on découvre comment le travail est organisé pour obtenir l’investissement

L’endurance comme compétence
Sans temps ni espaces propres
Les informations ne sont pas faites pour circuler
Échanger l’investissement contre des faveurs
Isoler les salariés les uns des autres
Limiter la radicalité des représentants du personnel
Recruter des individus aux possibilités d’actions limitées : comment devient-on caissière ?
La triple insécurité de l’emploi
Rendre l’insécurité supportable
2. Ce qui compte pour eux n’est pas ce qu’ils vivent
De la coexistence de différentes évaluations professionnelles
Tuer dans l’œuf la contestation
3. Quand l’encadrement intermédiaire peine à justifier les consignes du siège
Comment, dans les magasins, perçoit-on la surveillance du siège ?
Ce qu’ils disent des consignes venues d’en haut
Des responsables sans responsabilités ?
4. Où l’on mesure l’ampleur du fossé séparant le siège des magasins
Ce qui se murmure parmi les cadres du siège
Ce qu’on en dit dans les magasins
III / Sur le côté : les organisations syndicales
1. Où on assiste à l’entrée en scène du réseau des responsables syndicaux et patronaux

Au bout d’une impasse, au fond d’une cour, le long d’un couloir, la fédération syndicale
Sous pression des élections professionnelles
Le contenu des échanges entre responsables syndicaux et patronaux
La familiarité comme forme des échanges entre responsables syndicaux et patronaux
Où l’on comprend que la crise couve
2. De l’utilité des organisations syndicales pour obtenir l’investissement des salariés dans le travail
A quoi servent les réunions ?
De la nécessité pour les élus de conserver l’audience des salariés
3. Comment garantir la bonne volonté des élus ?
Voilà des organisations où le pouvoir vient d’en bas
Influencer les élus
Où l’on s’intéresse à la joie des syndicalistes
Conclusion
Bibliographie restreinte
Notes
Remerciements.

Droits étrangers

CASH!
Immersion in the Supermarkets World

During three years (2008-2010), Marlène Benquet investigated one of the main French retail units, with supermarkets in many foreign countries. First, she became a cashier before gaining an internship at the headquarters of the company and another in one of the company’s principal Trade Unions : Force Ouvrière.
An exceptional investigation in total immersion and a reflection on the realities of the working world and financial capitalism.


Marlène Benquet is a sociologist. She is a researcher at the CNRS.


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com