Si les professions artistiques sont, d'une manière générale, soumises à la précarité, celle-ci est encore plus prégnante dans le cas des danseurs. En effet, pour ces derniers, la possibilité d'assurer des performances tout au long de la vie active dépend avant tout de leur capacité corporelle. Pourtant, de plus en plus de jeunes se présentent sur ce marché du travail. Comment comprendre cet apparent paradoxe ? Pour saisir les motivations qui conduisent des individus à choisir cette voie et à s'y maintenir, il faut en fait tenir compte des rétributions symboliques propres à ce métier associant « prestige » et « précarité ». Le plaisir de la scène, la jubilation d'éprouver son corps, la relative absence de routine expliquent que les danseurs vivent leur profession comme une vocation, parfois façonnée dès l'enfance. L'auteur, sociologue et danseur, s'est immergé dans l'univers de la danse contemporaine pendant dix ans, partageant l'activité professionnelle des danseurs et danseuses enquêtés, mais aussi tous les moments hors travail qui souvent prolongent une façon d'être artiste. Ce livre, qui donne la part belle aux témoignages, offre un éclairage inédit du métier de danseur et du style de vie qui lui est lié (le choix du conjoint, l'orientation sexuelle...). Le moment de l'audition, l'entraînement quotidien, le travail de création, le rapport à la scène et au public sont ainsi analysés « de l'intérieur ». Grâce à une approche très fine des trajectoires des personnes enquêtées, cet ouvrage permet d'ouvrir la boîte noire de la « vocation », d'en montrer les recompositions tout au long des cycles professionnels traversés, jusqu'à la sortie du métier.
Prix : 24 € ISBN : 9782707158208 Dimensions : 136 * 220 mm Façonnage : Broché Nb de pages : 321
Pierre-Emmanuel Sorignet est sociologue, maître de conférences à l’université Toulouse-III. Il collabore en tant qu’interprète, depuis une dizaine d’années, avec différentes compagnies de danse contemporaine.
Remerciement Introduction Une brève histoire de la danse contemporaine Un métier précaire Un métier qui se vit « corps et âme » Un enquêteur et ses enquêtés 1. « J’ai toujours voulu danser: formation et vocation Former des corps et des esprits : le poids des grandes écoles CNSMD et CNDC : « académisation » versus « formation des créateurs de demain » L’usage des cours privés De la danse classique à la danse contemporaine Des danseurs autodidactes ? Une vocation pour classe moyenne et supérieure Jugements sociaux et sélection Des inégalités de genre à l’entrée Le rôle de la famille et des enseignants Stratégies familiales Une jeune fille de bonne famille Trajectoires improbables 2. Les audtions : savoir « se placer » sur le marché du travail La transformation des « droits d’entrée » Acquérir l’information : le jeu « du bouche à oreille » La généralisation de la présélection sur CV « Elle est vraiment jolie, je la garde ! » L’audition : la mise en jeu d’une technique corporelle La « présence » ou l’« authenticité » en acte À la recherche du feeling Se remettre en cause Le mythe de la rencontre : des modalités intermédiaires Maintenir une identité d’artiste : le travail mutuel de dénégation du classement 3. Le danseur et son travail La course à l’intermittence L’usage des « petits boulots » Logique du don et incertitude dans le métier de danseur Interprète ou exécutant ? Négocier son salaire Le rapport à la santé : une traduction des relations de travail 4. Le chorégraphe et ses danseurs : des relations ambivalentes L’émergence de la figure du chorégraphe « créateur » Le charisme du chorégraphe Une emprise toute relative : le cas des « ruptures » Le chorégraphe, un créateur qui gère de la main-d’œuvre Le rôle de l’administration au côté du chorégraphe Ma « petite entreprise » : crise de légitimité et apprentissage du rôle de « patron » « Tu peux venir chez moi ce soir, on travaillera sur la création » 5. Pouvoir et création Incorporer De l’intime au collectif Créer une compétence sociale Le chorégraphe : celui qui fait les choix Trouver et négocier sa place Le temps de la scène Fragilité du chorégraphe Un essai de contournement du chorégraphe Comment danser une pièce que l’on n’aime pas et tirer son épingle du jeu Retour sur un travail de création : un danseur et son chorégraphe 6. Une vie d'artiste Un rythme de vie hors norme Une jeunesse éternelle ? Carrière amoureuse et socialisation professionnelle Les aléas de l’amitié 198 Mère et danseuse, un double engagement Être père Vivre sans enfants Se loger : un enjeu majeur dans un métier de mouvement Apprendre à vivre avec son corps 7. « La danse, c'est pour les filles et les pédés » Un fils d’ouvrier maghrébin dans la danse contemporaine Construction de l’identité sexuelle et socialisation professionnelle Destin sexuel, destin social L’appartenance à un style de vie « hors norme » Corps de sportifs/corps de danseurs : la féminisation du masculin Usages sociaux, professionnels et esthétiques du corps masculin 8. « Après la danse, je fais quoi ? » Vieillissement et sortie de métier La « reconversion » vue par les institutions d’emploi Faire le deuil de l’« artiste » La peur du déclassement Une remise en jeu perpétuelle Précarités Vieillissement et blessure Érosion de la vocation Prolonger la « vie d’artiste » : les carrières artistiques et para-artistiques Enseigner : un métier où l’on danse La conversion d’un savoir du corps Conclusion Principaux sigles utilisés.
« Pierre-Emmanuel Sorignet décortique avec force de détails, jamais ennuyeux, des pratiques « en train de se faire ». L’analyse n’est d’ailleurs pas uniquement descriptive. L’écriture ethnographique inclut l’explicitation des appuis théoriques De ce point de vue, l’ouvrage est « armé » sur le plan sociologique, combinant l’objectivation des scènes sociologiques et des remarques subjectives relatives à l’implication personnelle de l’auteur dans le métier et le plus souvent dans les scènes décrites. » Liens Socio
« C’est à une véritable plongée dans le champ de la danse contemporaine que nous invite Pierre-Emmanuel Sorignet. Il livre le fruit de dix ans de recherche où il a pu mener une centaine d’entretiens avec parfois les mêmes danseurs à plusieurs années de distance. La grande force de l’enquête ethnographique tient aussi à l’implication de l’auteur lui-même. Si dès le départ, il opte pour la méthode de l’observation participante, il bascule vite, comme il l’explique, «?dans une participation observante?», puisqu’il est recruté dans des compagnies de danse contemporaine en parallèle de ses recherches en sociologie. Il vit dans son corps même ce métier où règne en maître le discours de la vocation. Mais P.?E. Sorignet nous invite à découvrir les coulisses d’une activité qui oblige à faire de lourds sacrifices, à se dévouer corps et âme, jusqu’à l’épuisement, à faire l’expérience de la précarité en dépit du prestige symbolique. [...] Un pied dedans, un pied dehors. L’un pour comprendre, l’autre pour interroger et déconstruire les fausses évidences d’une vocation. C’est presque un grand écart que parvient à réaliser ici P.?E. Sorignet, danseur et sociologue, sociologue et danseur. Avec une indéniable virtuosité. » SCIENCES HUMAINES
« Un métier de vocation que l'on vit "corps et âme" et pour lequel "on sacrifie une existence sociale stable". Ce résumé est celui de la profession de danseur. Il est fait par le sociologue Pierre-Emmanuel Sorignet, à la suite d'une longue enquête de terrain - plus d'une centaine de rencontres et d'entretiens. Ce dernier, qui a interrogé des danseurs contemporains sur leur parcours depuis l'enfance jusqu'à la sortie de la vie professionnelle, publie ses recherches dans Danser : enquête dans les coulisses d'une vocation. Cette enquête complète des études quantitatives et statistiques, dont la plus connue est celle menée par le ministère de la culture en 2004. Le travail "ethnographique" de Sorignet opte pour une approche sensible de la vie de danseur. D'autant que ce maître de conférences à l'université Toulouse-III est également danseur depuis dix ans. La technique, il connaît. Il a aussi l'empathie pour collecter les témoignages au plus près de l'intimité des danseurs. En 1997, lorsque Sorignet commence son enquête, il n'existe pas de travaux sociologiques sur le danseur, relégué dans l'ombre du chorégraphe. Pourquoi devient-on danseur ? Qu'est-ce que créer en dansant ? "Plaisir de la scène, jubilation d'éprouver son corps, absence de routine, profits narcissiques et émotionnels...", sont des réponses. Mais aussi souffrance, blessures physiques, rapports de force avec les chorégraphes, chômage, reconversion ultrarapide... » LE MONDE
« Les relations entre art et argent sont loin d'être évidentes. C'est ce que vient confirmer cet ouvrage avec cependant deux originalités: outre qu'il traite le cas peu connu de la danse contemporaine, il opte pour une entrée ethnographique, plutôt que quantitative comme la plupart des études consacrées à la question. En plus d'être sociologue, l'auteur est en effet lui-même danseur et propose ainsi le résultat de 10 années d'enquête en immersion dans ce milieu. Il met ainsi en évidence les ambivalences que la croyance en la "vocation" entretient sur ce marché du travail particulier, tant au niveau de la formation, du recrutement - qui s'opère principalement par auditions-, ou des relations entre interprètes et chorégraphes- dont le statut d'employeur entre en contradiction avec celui de créateur. Il montre également comment cette dimension vocationnelle vient brouiller les frontières entre travail et hors-travail et, surtout, permet l'acceptation d'une forte précarité qui maintient les danseurs dans un état transitoire permanent. Dans une activité où le corps joue un rôle central, la sexualité, l'enfantement ou la reconversion constituent également des questions aussi sensibles qu'incontournables. Un ouvrage prenant, dont les enjeux dépassent le seul cas étudié. Ne serait-ce que parce que tout engagement dans un métier implique l'adhésion à un certain socle de croyances. » ALTERNATIVES ÉCONOMIQUES
PRESSE
DANCING
Investigating behind the scenes
A sociologist and a dancer, the author has immersed himself in subject for ten years. This sociological study of an artistic profession and a lifestyle allows the reader to access this « vocation's » black box, showing the different reconstructions that may take place during dancers' professional life, right up to the time when they leave the career, an experience that can vary greatly according to the social options open to them. Pierre-Emmanuel Sorignet is a sociologist, a senior lecturer at the University of Toulouse-III. He has been working with different contemporary dance companies for nearly ten years. Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com Tel. : + 331 44 08 84 35