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Catalogue / Histoire contemporaine / Contre-histoire du libéralisme     

Contre-histoire du libéralisme

Domenico LOSURDO

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Contre-histoire du libéralisme
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Le libéralisme continue aujourd’hui d’exercer une influence décisive sur la politique mondiale et de jouir d’un crédit rarement remis en cause. Si les « travers » de l’économie de marché peuvent à l’occasion lui être imputés, les bienfaits de sa philosophie politique semblent évidents. Il est généralement admis que celle-ci relève d’un idéal universel réclamant l’émancipation de tous. Or c’est une tout autre histoire que nous raconte ici Domenico Losurdo, une histoire de sang et de larmes, de meurtres et d’exploitation. Selon lui, le libéralisme est, depuis ses origines, une idéologie de classe au service d’un petit groupe d’hommes blancs, intimement liée aux politiques les plus illibérales qui soient : l’esclavage, le colonialisme, le génocide, le racisme et le mépris du peuple.
Dans cette enquête historique magistrale qui couvre trois siècles, du XVIIe au XXe siècle, Losurdo analyse de manière incisive l’œuvre des principaux penseurs libéraux, tels que Locke, Burke, Tocqueville, Constant, Bentham ou Sieyès, et en révèle les contradictions internes. L’un était possesseur d’esclaves, l’autre défendait l’extermination des Indiens, un autre prônait l’enfermement et l’exploitation des pauvres, un quatrième s’enthousiasmait de l’écrasement des peuples colonisés… Assumer l’héritage du libéralisme et dépasser ses clauses d’exclusion est une tâche incontournable. Les mérites du libéralisme sont trop importants et trop évidents pour qu’on ait besoin de lui en attribuer d’autres, complètement imaginaires.

Un bref preambule methodologique
1. Qu’est-ce que le libéralisme ?

Une série de questions embarrassantes
La révolution américaine et la révélation d’une vérité embarrassante
Le rôle de l’esclavage de part et d’autre de l’Atlantique
Hollande, Angleterre, Amérique
Irlandais, Indiens et habitants de Java
Grotius, Locke et les pères fondateurs : une lecture comparee
L’historicisme vulgaire et l’occultation du paradoxe du libéralisme
Expansion coloniale et renaissance de l’esclavage : les positions de Bodin, Grotius et Locke
2. Libéralisme et esclavage racial : un étrange accouchement gémellaire
Limitation du pouvoir et émergence d’un pouvoir absolu sans précédent
Autogouvernement de la société civile et triomphe de la grande propriété
L’esclave noir et le serviteur blanc : de Grotius à Locke
Pathos de la liberté et gene face à l’institution de l’esclavage : le cas de Montesquieu
L'affaire Somerset et les prémices de l’identité libérale
« Nous ne voulons pas être traités comme des nègres » : la rébellion des colons
L'esclavage racial et la dégradation ultérieure de la condition du Noir « libre »
Délimitation spatiale et délimitation raciale de la communaute des hommes libres
La guerre de sécession et la reprise de la polémique menée lors de la révolution américaine
« Système politique libéral », « sentiment libéral » et institution de l’esclavage
De l’affirmation du principe de l’« inutilite de l’esclavage parmi nous » à la condamnation de l’esclavage en tant que tel
3. Les serviteurs blancs en métropole et aux colonies : la sociéte proto-libérale
Franklin, Smith et les « vestiges d’esclavage » en métropole
Chomeurs, mendiants et workhouses
Libéraux, vagabonds et workhouses
Le serviteur comme soldat
Code pénal, formation d’une force de travail contrainte et processus de colonisation
Les serviteurs sous contrat
« L'énorme vol d’enfants » pauvres « commis à la façon d’Hérode »
Des centaines ou des milliers de misérables « chaque jour pendus pour des riens »
Un Tout aux caractéristiques étranges
Travail salarie et categories de l’esclavage
4. L'Angleterre et les Éats-Unisdu XVIIIe et du XIXe siècle étaient-ils libéraux ?
Le libéralisme introuvable de l’Ameérique de Tocqueville
Domination absolue et obligations communautaires des propriétaires d’esclaves
Trois législations, trois castes, une « démocratie pour le peuple des seigneurs »
Les hommes libres, les serviteurs et les esclaves
L'Angleterre et les trois « castes »
La reproduction de la caste servile et les débuts de l’eugénisme
Le libéralisme introuvable du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande
Libéralisme, « individualisme propriétaire », « société aristocratique »
La « démocratie pour le peuple des seigneurs » aux États-Unis et en Angleterre
5. La révolution en France et à Saint-Domingue, la crise des modèles anglais et américain et la formation du radicalisme des deux côtés de l’Atlantique
Le commencement libéral de la révolution française
Parlements, diètes, aristocratie libérale et servage
La révolution américaine et la crise du modèle anglais
L’embellissement universaliste de la « démocratie pour le peuple des seigneurs » à l’américaine
Les colons de Saint-Domingue, le modèle américain et le second commencement libéral de la révolution française
Crise des modèles anglais et américain et formation du radicalisme français
Le début libéral de la révolution en Amérique latine et son issue radicale
États-Unis et Saint-Domingue-Haïti : deux politiques antagoniques
Libéralisme et critique du radicalisme abolitionniste
L’efficacité de longue durée de la révolution noire d’en bas
Le rôle du fondamentalisme chrétien
Qu’est-ce que le radicalisme ? En quoi diffère-t-il du libéralisme ?
Libéralisme, autocélébration de la communauté des hommes libres et occultation du sort infligé aux peuples coloniaux
La question coloniale et le développement différent du radicalisme en France, en Angleterre et aux États-Unis
Le reflux libéral du radicalisme chrétien
Libéral-socialisme et radicalisme
6. La lutte des instruments de travail de la métropole pour leur reconnaissance et les réactions de la communauté des hommes libres
Les exclus et la lutte pour la reconnaissance
L’instrument de travail devient un citoyen passif
Invention de la « citoyenneté passive » et de la « liberté négative » et réduction de la sphère politique
« Lois civiles » et « lois politiques »
Dépolitisation et naturalisation des rapports économiques et sociaux
Libéralisme et radicalisme : deux phénoménologies différentes du pouvoir
La nouvelle autoreprésentation de la communauté des hommes libres comme communauté des individus
Droits économiques et sociaux, « fourmilière » socialiste et « individualisme » libéral
Les critiques du libéralisme : une réaction antimoderne ?
« Individualisme » et répression des coalitions ouvrières
Revendication des droits économiques et sociaux et passage du libéralisme paternaliste au libéralisme du darwinisme social
7. L’Occident et les barbares : une « démocratie pour le peuple des seigneurs » à l’échelle planétaire
Autogouvernement des communautés blanches et aggravation de la condition des peuples coloniaux
Abolition de l’esclavage et développement du travail servile
Expansion de l’Europe dans les colonies et diffusion en Europe de la « démocratie pour le peuple des seigneurs »
Tocqueville, la suprématie occidentale et le danger de la «miscegenation»
Le « berceau encore vide » et le « destin » des Indiens
Tocqueville, l’Algerie et la « démocratie pour le peuple des seigneurs »
8. Conscience de soi, fausse conscience, conflits de la communaute des hommes libres
Retour à la question : qu’est-ce que le libéralisme ? Les bien nés, les hommes libres, les libéraux
La pyramide des peuples
La communauté des hommes libres et sa dictature sur les peuples indignes de la liberté
Comment reépondre à temps à la menace des barbares de la métropole
La tradition libérale et ses trois théories de la dictature
Les maladies de la communauté des hommes libres : psychopathologie du radicalisme français
La lecture de l’interminable cycle révolutionnaire français : de la « maladie » à la « race »
La « maladie » comme symptome de dégénérescence raciale
Gobineau, le libéralisme et les mythes généalogiques de la communauté des hommes libres
Disraeli, gobineau et la « race » comme « clé de l’histoire »
Occultation du conflit, recherche de l’agent pathogène et théorie du complot
Le conflit des deux libéralismes et les accusations réciproques de trahison
La communauté des hommes libres, quelle communauté pour la paix ? Opérations de police et guerres coloniales
La fière conscience de soi de la communauté des hommes libres et l’émergence du « patriotisme irritable »
Le « patriotisme irritable » de Tocqueville
Le conflit des idées de mission, de la révolution américaine à la première guerre mondiale
9. Espace sacré et espace profane dans l’histoire du libéralisme
Historiographie et hagiographie
La révolution libérale comme mélange d’émancipation et de désémancipation
Selon la perspective de la longue durée et de l’étude comparée
L’actualisation du gouvernement de la loi dans l’espace sacra et le fossé creusé par rapport à l’espace profane
Délimitation de l’espace sacré et théorisation d’une dictature planétaire
Le triomphe de l’expansionnisme colonial et le libéralisme comme idéologie de la guerre
Variations et limites du modèle marxien
10. Le libéralisme et les catastrophes du XXe siècle
La lutte pour la reconnaissance et les coups d’état : le conflit en métropole
La lutte pour la reconnaissance des peuples coloniaux et les menaces de sécession
Déshumanisation des peuples coloniaux et « cannibalisme social »
La « solution finale et complète » de la question indienne et noire du XIXe au XXe siècle
Après la catastrophe et au-delà de l’hagiographie : l’héritage permanent du libéralisme.

Bien connu en Italie, le philosophe Domenico Losurdo ne lâche pas prise : sa Contre-histoire du libéralisme est une charge sans merci contre les pères fondateurs, puis les partisans du libéralisme politique en Angleterre, aux États-Unis et en France jusqu’au seuil du XXe siècle. La conjoncture actuelle pourrait faire penser que l’auteur s’acharne sur un moribond. Pourtant, aussi dense et labyrinthique soit-il, l’ouvrage vaut d’être lu. Il met le doigt sur des crimes historiques : l’extermination des Indiens d’Amérique, la traite atlantique, l’esclavage persistant au XIXe siècle, la condition faite aux Noirs d’Amérique du Nord, l’eugénisme et les aspects les plus sombres de l’hygiénisme social.

01/02/2013 - Nicolas Journet - Sciences Humaines

 

A l'horizon de cet ouvrage, la critique d'un mythe contemporain tenant lieu de quasi-vérité officielle. Le libéralisme, synonyme de démocratie et de défense des libertés individuelles, aurait été concurrencé au cours du siècle précédent par deux monstres jumeaux, les totalitarismes communistes et nazis. Le nazisme étant pensé comme une réaction de peur panique face au bolchevisme, ce dernier deviendrait le premier responsable des horreurs de cette époque trouble, le véritable « péché originel du XXè siècle ». Mais la parenthèse ouverte en 1917 serait aujourd'hui heureusement refermée, l'histoire reprendrait le cours naturel qu'elle n'aurait jamais dû quitter : le développement du libéralisme politique et économique.
Domenico Losurdo ne se contente pas de dénoncer l'hypocrisie du discours libéral servant en réalité de couverture idéologique à la domination et à l'exploitation. Son objet n'est pas l'écart entre les principes philosophiques et la réalité. Il montre plutôt, de façon difficilement réfutable, que les fameux principes du libéralisme ne sont pas ceux que l'on croit. La philosophie libérale à partir de John Locke jusqu'à la Grande guerre n'a pas grand chose à voir avec celle d'aujourd'hui. Il faut donc se garder de l'illusion rétrospective consistant à projeter le libéralisme politique actuel dans le passé, transformant le libéralisme en une sorte de doctrine éternelle. Le livre accorde une grande importance à l'esclavage et à la colonisation. Non seulement la philosophie libérale n'a pas fait la critique de ces processus de domination, mais elle en a proposéune justification, très souvent d'ordre racial. En ce qui concerne le traitement de la pauvreté, la plupart des auteurs libéraux envisagent l'incarcération des chômeurs dans les fameuses workhouses ou l'enrôlement forcé des marins au terme de véritables rafles dans les quartiers pauvres. Démocratie et protection des droits individuels n'ont ici aucune place. La liberté théorisée par le libéralisme est d'abord la liberté des dominants. Celle des propriétaires du Sud des États-Unis dénonçant comme un despotisme étatique toute tentative d'améliorer par la loi le sort des esclaves. Celle des colons blancs chassant de leurs terres les peuples autochtones. Celle des employeurs refusant le droit d’association aux « instruments bipèdes » (les ouvriers selon Sieyès) et plus largement à la « multitude porcine » (Burke). Bref, selon Losurdo, si la philosophie libérale est bel et bien associée à l'idée de démocratie, il faut préciser immédiatement qu'il s'agit de « la démocratie pour le peuple des seigneurs ». La lecture du livre modifie profondément la perception de la philosophie libérale. Losurdo fait apparaître une continuité, déjà partiellement aperçue par Hannah Arendt, entre le XIXème et le XXème siècle. Le monde libéral d'avant la première guerre mondiale (les États-Unis en particulier) voit s'accumuler un énorme matériel explosif : déportation, déshumanisation, persécution, extermination et obsession de la pureté raciale. Un livre de 1913 paru à Boston s'intitule même : The Ultimate Solution of the American Negro Problem. On aura compris l'intention de Losurdo : montrer que le nazisme plonge ses racines dans la modernité libérale elle-même. Loin d'en être l'antithèse, il en est l'un des accomplissements possibles. Ce que la rhétorique dépassée du « totalitarisme » occulte complètement. En voulant, quoiqu'il en coûte, assimiler communisme et nazisme, on se prive des moyens de comprendre le siècle qui s'est écoulé ainsi que ses catastrophes. S'agit-il au terme de ce parcours d'abandonner le libéralisme ? Non. Il s'agit de prendre acte du fait que les principes actuels du libéralisme sont en réalité la synthèse du libéralisme pour les dominants et des luttes pour la reconnaissance des dominés (ouvriers, femmes et peuples non-blancs). Il s'agit aussi d'avoir conscience des possibilités de régression du libéralisme vers des stades antérieurs de son développement.

07/02/2013 - Florian Gulli - L'Humanité

 

 
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