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Carbon Democracy
Le pouvoir politique à l'ère du pétrole

Timothy MITCHELL

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Carbon Democracy
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Ceci est un « livre à thèse », une thèse forte et iconoclaste, qui déplace radicalement notre vision de l’histoire du XXe siècle : les contours et les transformations des régimes politiques dits « démocratiques » ont été largement déterminés par les propriétés géophysiques des principales énergies carbonées, le charbon d’abord, puis le pétrole.
Ainsi, la pesanteur du charbon, la nécessité de l’extraire des mines puis de le charger dans des convois, etc., ont donné à ses producteurs un pouvoir considérable sur les flux d’énergie alimentant l’économie ; en utilisant la menace de les interrompre, ils créèrent syndicats et partis de masse, à l’origine des premières démocraties de l’ère moderne. Face à ces forces concurrentes, les classes dominantes occidentales ont cherché à organiser la transition énergétique à l’échelle mondiale. En effet, grâce à sa fluidité, sa légèreté et son exceptionnelle concentration en énergie, le pétrole permettait de contourner les réseaux et pouvoirs anciens. Ainsi fut créé un système d’acheminement beaucoup moins intensif en travail, plus flexible, résolument international… et beaucoup plus facilement contrôlable par les États et les multinationales.
Un autre régime s’est progressivement mis en place, dans lequel la vie politique s’est retrouvée anémiée, la paix sociale et la prospérité des « démocraties » occidentales ont reposé sur l’autoritarisme moyen-oriental, et où la croissance illimitée s’est transformée en religion. Aujourd’hui, ce système est au bord de l’effondrement et nous pose une question cruciale : comment les énergies postpétrole pourront-elles donner naissance à des régimes réellement démocratiques ?

Remerciements
Introduction
1. Les machines de la démocratie

Soleil enfoui
Démocratie et colonie
Contrôler le mouvement du charbon
Sabotage
La bataille pour le charbon
Le pétrole à l’ère du charbon
Le pétrole est liquide
Produire la rareté
2. Un trésor au pays des merveilles
Un véritable lac de pétrole
La protection des investissements indiens
Un projet destiné à tenir le produit à l’écart du marché
Le pays des merveilles
La structure
3. Le consentement des gouvernés
Traduire la démocratie
Les mines du Maroc et les chemins de fer de Mésopotamie
Une machine destinée à contrôler la politique étrangère
Malheureusement, ce sont les travailleurs
4. Les mécanismes de la bonne volonté
Les révolutions de l’après-guerre
L’attitude wilsonienne
La politique à l’épreuve de l’économie
Contrôler la zone pétrolière
Les porte-parole naturels du plus grand nombre
Les obligations matérielles
La concentration des forces
Les fauteurs de troubles
5. L’économie du carburant
Le pétrole : un moyen de chasser les prêteurs du temple
La curatelle des grandes puissances
L’échec des plans à long terme
L’économie du carbone
La civilisation, c’est l’économie de l’énergie
Le calcul à l’âge du charbon
Ressources naturelles et vigueur de la \"race\"
L’économie de la monnaie
L’économie nationale
La monnaie carburant
6. Sabotage
La révolution en Irak
Renonciation
Une préférence pour la crise
Dans la boîte
L’institutionnalisation de l’inutilité
La doctrine Nixon
Réorganiser le sabotage
Affichages
La fin de l’or
7. La crise qui n’a jamais eu lieu
Une simple question d’offre et de demande
Comment l’énergie est devenue un système
L’équation palestinienne
Un essai fortuit sur le terrain
Les limites de la croissance
Les compagnies pétrolières construisent l’environnement
Les ressources de la science économique
8. MacDjihad
Du côté des plus
Les mouwahhidin et le marché
Une alliance morale
Un travail d’entretien
Exportations
Retour en Irak
Place de la Libération
Conclusion. Ne plus compter sur le pétrole
Notes.

La malédiction du pétrole, une fatalité bien connue des géopoliticiens et doctement ressassée : plus un pays est riche en gisements, moins il est démocratique. De fait, en 2011, pendant la vague de révoltes du "printemps arabe", cet axiome s'est vérifié : à l'exception de la Libye, tous les plus gros producteurs ont été épargnés. Les luttes pour un changement politique ont eu lieu là où le pétrole était nettement moins déterminant pour l'économie nationale, comme c'est le cas en Tunisie ou en Egypte. Carbon Democracy, l'essai de Timothy Mitchell, titulaire de la chaire du Moyen-Orient à l'université Columbia (New York), repose tout entier sur une idée, aussi simple qu'inédite : il faut reconsidérer le champ d'application de cette loi. Ce qui vaut pour ces pays lointains et orientaux ne vaut-il pas pour nos contrées occidentales ? Depuis que le pétrole est devenu notre première source d'énergie, nos démocraties sont à la peine, les acquis sociaux reculent, les inégalités explosent. Il se pourrait tout simplement que l'abondance énergétique fragilise, voire limite, nos aspirations et nos combats politiques. Par quel étrange mécanisme ? C'est là que la réflexion de Mitchell est la plus passionnante. La démocratie est indissociable, soutient-il, des multiples processus par lesquels on produit ou consomme l'énergie. D'une certaine façon, l'une (l'énergie) donne forme à l'autre (la démocratie). En démontrant ce lien, Mitchell livre une version alternative de l'histoire de nos démocraties modernes. [...] Au terme de ce livre foisonnant, où l'on reconnaît l'influence de la philosophie de Bruno Latour, nous sommes invités "à concevoir la démocratie non comme l'histoire d'une idée ou l'apparition d'un mouvement social, mais comme un assemblage de machines". C'est en effet à la fois le mérite et la limite du propos qui s'y déploie. Car bien que Mitchell se défende de jamais sombrer dans un déterminisme technique, on déplore que, la tête toute aux flux énergétiques, il laisse de côté la circulation de l'information et des journaux, le poids des idéologies, les progrès de l'alphabétisation..., en un mot, la force des idées. Malgré cela, en montrant comment l'abondance du pétrole a permis aux experts de construire une économie délivrée de toute limite, la réflexion de Mitchell débouche sur une série de questions passionnantes. L'épuisement des réserves fossiles peut-il se révéler une opportunité pour un monde plus démocratique ? Admettre que la politique émerge des configurations techniques n'implique pas que l'avenir soit tracé, mais de savoir avec quelles forces, "humaines et non humaines", nous voulons faire alliance, prend-il soin de rappeler en conclusion. Face au caractère implacable des "machines", parions en effet sur la possibilité de construire des représentations alternatives et de choisir entre plusieurs formes de devenirs politiques.

23/08/2013 - Julie Clarini - Le Monde des Livres

 

Il était une fois des firmes pétrolières nommées Exxon-Mobil, Aramco ou BP. Après la suprématie du charbon, l’abondance des réserves de pétrole découvertes au début du XXe siècle les transforme en agents économiques et politiques de premier ordre. De ce conte de fées pour quelques-uns, cauchemar pour les autres, Timothy Mitchell tire le dense matériau de son essai mêlant histoire, géopolitique et réflexion sur les conditions d’émergence de la démocratie. Ses lunettes sont teintées d’or noir, pour un résultat éclairant mais effrayant. Si l’industrie du charbon a permis les processus démocratiques modernes, nés de l’autonomie de mineurs capables de contrôler (par la grève notamment) l’extraction et l’acheminement du combustible, l’exploitation du pétrole, reposant sur un personnel peu nombreux, a eu un effet tout autre. Avec le pétrole, la collusion d’intérêts économiques et politiques construits en dehors de tout contrôle des peuples devient possible. Les conséquences ? Une économie détachée de la nature et des réalités humaines, une rareté organisée via des crises fictives, une violence et une militarisation entretenue au Moyen-Orient… autant d’objets de débat qui cherchent encore leur solution. Mitchell soulève des questions qui ne concernent pas seulement « l’expertise scientifique et technique », mais « l’ensemble de la collectivité humaine ».

01/10/2013 - Victorine de Oliveira - Philosophie Magazine

 

Voici un livre qui tombe à pic. Quand la France débat de transition énergétique pour réduire son addiction au pétrole, Timothy Mitchell montre comment démocratie et combustibles fossiles, deux "phénomènes récents", "s'entrelacent depuis le départ".

01/10/2013 - Simon Barthélémy - Terra Eco

 

« Il y a un siècle, l’utilisation très répandue du charbon donna aux travailleurs un pouvoir nouveau », en réaction à quoi, explique l’historien Timothy Mitchell, les gouvernements, au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, cherchèrent à affaiblir le pouvoir conquis par ces derniers « au moyen d’un projet d’ingénierie très simple : abandonner le charbon pour le pétrole et le gaz ».
T. Mitchell développe de manière originale les connexions unissant les combustibles fossiles au déploiement historique de la démocratie, entendue comme régime d’émancipation nécessaire, mais aussi comme forme de gouvernement des masses. Ce faisant, il présente le passage du charbon européen au pétrole moyen-oriental comme un moyen « non pas de renforcer mais d’affaiblir, en Occident et au Moyen-Orient, les formes de mobilisation politique fondées sur le carbone qui avaient été nécessaires à l’appa­rition de la démocratie industrielle ».
Au fil des pages apparaissent ainsi avec force les relations particulières construites entre le pétrole, la violence, la finance, l’expertise et la démocratie. Luttes pour le contrôle du pétrole, recherche – et volonté de maintien – de monopoles à n’importe quel prix, mise en place d’un système de rareté, mais aussi violences militaires, manifestations matées, conflits meurtriers encouragés, tentatives de paix entravées, achat d’armements de haute technologie par les États producteurs – notamment l’Iran – comme « mécanisme de recyclage des revenus pétroliers »… Ces observations n’ont rien de bien réjouissant. Mais au-delà d’un retour sur une histoire pour le moins inquiétante, Carbon Democracy interroge aussi l’avenir. Si, comme l’affirme l’auteur, « nous entrons actuellement dans les dernières décennies de l’ère des carburants fossiles » – l’auteur relève notamment que si le monde voulait compenser le déclin de la production existante, il lui faudrait trouver l’équivalent des réserves de l’Arabie Saoudite tous les quatre ans –, alors se pose nécessairement une question : de quoi sera faite l’ère de l’après-pétrole ?

01/10/2013 - Marie Déchamps - Sciences Humaines

 

Cet ouvrage foisonnant multiplie les angles de vue originaux, les réflexions iconoclastes, les rapprochements à première vue incongrus... Il n'est pas certain que les arguments qu'il avance puissent tous résister à un examen critique approfondi, mais sa vigueur et son originalité secouent utilement le cocotier des théories trop raisonnables !

01/10/2013 - Transrural

 

Ce livre décrit la relation entre politique et énergie. Selon Timothy Mitchell, historien et titulaire d’une chaire d’études du Proche-Orient à l’université Columbia, l’exploitation de combustibles fossiles — charbon et pétrole — a dessiné le cadre de la démocratie moderne. Doctrines sécuritaires, exigences démocratiques, mouvements ouvriers ou religieux s’entrelacent ici intimement avec le mode de combustion du pétrole, son acheminement plus ou moins rapide, son utilisation, l’organisation spatiale de son exploitation. Ainsi de la dynamique qui lie le mouvement wahhabite saoudien au besoin impérieux pour l’industrie de préserver la rareté du pétrole. Le livre est précis, autant dans la description des outils et des flux financiers et industriels que dans l’histoire politique et dans celle des idées. Vues iconoclastes, comme en témoignent les pages consacrées à « la crise qui n’a jamais eu lieu », celle des années 1973-1974. Mitchell y voit non pas une crise pétrolière, mais un moment de transformation des modes de gouvernement et de révolution dans le contrôle de l’économie : « l’énergie est devenue un système ».

01/11/2013 - Jules Crétois - Le Monde diplomatique

 

Cet ouvrage simulant de Timothy Mitchell bouscule notre vision de l’histoire du XXe siècle. Partant du lieu commun selon lequel la dimension démocratique d’un pays serait inversement proportionnelle à ses gisements pétroliers, il renverse la perspective en rappelant l’affaiblissement de nos démocraties, le recul des acquis sociaux et l’explosion des inégalités, depuis que le pétrole est devenu notre première source d'énergie. Il prolonge ainsi ses réflexions sur les formes de rationalité et de pouvoir caractérisant la politique contemporaine en faisant la lumière sur ses fondements écologiques et sur la promotion, à partir du milieu du XXe siècle, d’un idéal de croissance basé sur la représentation d’un pétrole inépuisable et d’un monde parfaitement maîtrisable. Analysant les relations particulières nouées entre le pétrole, la violence, la finance, l’expertise et la démocratie, il met en évidence les enjeux politiques de cette source énergétique : la privilégier aurait permis aux puissances impériales de s'émanciper des revendications démocratiques et son abondance aurait fragilisé nos aspirations et combats politiques.

09/10/2013 - Corinne Delmas - Liens socio

 

 
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