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17 juin 2008
La disparition de Franck Calligaro

 

La disparition de Franck Calligaro,
une grande figure des « travailleurs de l’ombre » de l’édition
 

 

Le 13 juin 2008, Franck Calligaro, 56 ans, est décédé après de longs mois de lutte opiniâtre contre le cancer. Une semaine plus tôt, bien que très affaibli, il était encore au travail, à son bureau de directeur financier de la Sogedif. En dehors de ses collaborateurs et des responsables des maisons d'éditions du groupe Editis, son nom et la société qui l'employait sont peu connus. C'était pourtant un grand monsieur, auquel nous tenons à rendre hommage.

De l'édition, les lecteurs de livres ne connaissent en général que quelques marques prestigieuses et, au mieux, les noms de certains des éditeurs qui les dirigent. Ce qui est au demeurant bien normal : les éditeurs, dont le rôle est certes essentiel dans l'« accouchement » et la commercialisation des livres, ne sont que des « passeurs » ; ce qui compte pour les lecteurs, ce sont les œuvres, et celles et ceux qui les écrivent.

Pour autant, leurs œuvres ne leur seraient pas accessibles sans le travail patient et moins connu de bien d'autres « maillons » essentiels de la chaîne du livre, des assistants d'édition aux libraires, des « fabricants » et attaché(e)s de presse aux distributeurs, en passant par les imprimeurs, les responsables commerciaux et les « représentants », pour n'en citer que quelques-uns. Et parmi eux, il y a aussi les plus discrets, les « administratifs », parmi lesquels les comptables et les financiers, chargés aussi bien de l'établissement des comptes des auteurs que de la gestion des sociétés d'édition, quelle que soit leur taille.

Franck Calligaro était de ceux-là. L'essentiel de sa carrière s'est déroulé au sein d'un des grands groupes de l'édition française, qui s'appelait Presses de la Cité dans les années 1980 et devenu Editis en 2004, après bien des transformations. Depuis 1996, il assurait la direction financière de la Sogedif, la structure de services créée pour s'occuper du « back office », appellation politiquement correcte des « tâches invisibles » (comptabilité, gestion, informatique, gestion du personnel, fabrication, etc.) des maisons d'édition de littérature générale du groupe : Presses de la Cité, Solar, Belfond, La Découverte, Univers Poche, Plon, Perrin et bien d'autres encore, au fil des acquisitions faites par le groupe.

C'est ce qui nous a amenés à connaître Franck Calligaro, après que La Découverte a été rachetée, en 1998, par ce groupe. Pour une maison qui était restée indépendante pendant près de quatre décennies (La Découverte ayant pris en 1983 le relais des Éditions Maspero, créées en 1959), l'intégration dans l'un des « mastodontes » de l'édition française était a priori tout sauf évidente. Mais, avec maintenant dix ans de recul, le constat est indiscutable : non seulement l'autonomie de nos choix éditoriaux a été pleinement respectée par les dirigeants successifs du groupe, mais le soutien que nous a apporté celui-ci a été décisif pour nous permettre de développer une ligne éditoriale fidèle aux engagements de la maison.

Et dans ce soutien, Franck Calligaro a été une aide aussi formidable que discrète. D'une rigueur et d'un professionnalisme hors pair, il n'était en rien un « mercenaire de la finance » : profondément respectueux des métiers des « saltimbanques » de l'édition, il savait aussi bien mettre à leur service les indispensables compétences techniques sans lesquelles leur travail serait simplement impossible, que faire preuve d'une discrétion absolue, alors même qu'il connaissait depuis plus de trente ans certains des secrets les mieux gardés des relations parfois complexes entre auteurs et éditeurs dans le petit monde de l'édition parisienne.

Mais, comme tous ceux et celles qui ont travaillé avec lui, c'est surtout l'homme singulier qu'il était qui nous manquera le plus. Son amour de la vie, sa discrétion et sa dignité, son humour détaché, sa lucidité jamais méchante sur les petits travers des uns et des autres, son souci constant de maintenir la cohésion de l'équipe des « travailleurs de l'ombre » qu'il dirigeait, faisaient de lui un interlocuteur de choix, un homme aimé et respecté. Un Cyrano des temps modernes, dont l'odeur des cigares flottera longtemps encore...

par François Gèze et Emmanuelle Bagneris (P-DG et DG adjointe de La Découverte)

 

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