La formation des élites marocaines - Pierre VERMEREN

La formation des élites marocaines
Des nationalistes aux islamistes, 1920-2000

Pierre VERMEREN

Quel rôle a joué l’école dans la reproduction des élites au Maghreb au cours du XXe siècle ? C’est la question dont traite ce livre, de façon rigoureuse et érudite. Machine de déclassement social sous la colonisation pour les classes dirigeantes précoloniales, l’école ouvre, avec l’indépendance, ses portes aux enfants des classes moyennes. La contestation politique des années soixante qui s’ensuit incite les autorités à réformer le système scolaire en vue de le neutraliser. La politique d’arabisation débouche sur la dualisation des systèmes d’enseignement au Maghreb, opposant filières d’élite et filières de relégation que sont les « facultés-casernes ». La voie est alors ouverte à l’islamisme. L’auteur retrace cette histoire en brossant le portrait de quatre générations. Jusqu’aux indépendances en 1956, le baccalauréat est la clef de la conquête des études supérieures pour une infime minorité de musulmans. Comme la génération des pionniers, celle des indépendances s’affirme en tirant profit de son capital social. Les réformes de grande ampleur, mises en place à partir de 1945 et renforcées à l’indépendance, permettent l’émergence, du début des années soixante jusqu’au milieu des années soixante-dix, de la génération de l’ouverture. Dans le dernier quart du siècle, la génération de la crise est confrontée à la saturation de l’État national. La fermeture sociale s’est installée face au processus de consolidation de la nouvelle élite.

Version numérique : 16,99 €
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Détails techniques
Collection : Recherches
Parution : 01/07/2010
Format : PDF
ISBN numérique: 9782707155443

Pierre VERMEREN

Pierre VERMEREN
Pierre Vermeren, normalien agrégé d’histoire, maître de conférences en histoire à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne a vécu huit ans dans le Nord de l'Afrique. Il est l'auteur, de Le Maroc de Mohammed VI. La transition inachevée (La Découverte, 2009), Le Choc des décolonisations. De la guerre d'Algérie aux printemps arabes (Odile Jacob, 2015) et La France en terre d'islam. Empire colonial et religions, XIXe-XXe siècles (Belin, 2016).

Table des matières

Introduction générale - L’école coloniale ou la génération des pionniers - I. L’entre-deux-guerres - 1. Une politique scolaire plus ouverte en Tunisie - 2. Au Maroc une politique malthusienne - 3. Un supérieur moderne pour les Européens - II. Le temps des pionniers - 1. Collèges musulmans contre universités islamiques - 2. Des collèges musulmans aux lycées - III. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le poids des héritiers - 1. Une petite communauté - 2. De jeunes notables nationalistes - La génération de l’indépendance (1942-1956/1962) - I. Vers l’ère des réformes (1942-1956) - 1. Rupture avec la métropole et nouvelle donne - 2. Après 1945, une école plus ouverte pour les musulmans - 3. La politique envers les « élites » - II. La recherche de nouveaux débouchés - 1. Renouveau de la voie orientale ? - 2. Succès du baccalauréat et « démocratisation » - 3. Dar el Beïda hausse la barre - 4. Recrues et débouchés des ENA - 5. Jusqu’en Amérique - III. Filières universitaires et conditions de vie (1945-1956) - 1. Le protectorat préfère des études sur place - 2. Le contrôle des étudiants maghrébins en métropole - 3. L’émergence des syndicats nationaux - IV. Mutation dans les disciplines choisies - 1. Érosion du droit et de la médecine - 2. Essor des études scientifiques - V. Une méritocratie limitée sous les protectorats - 1. Bilan chiffré - 2. À la conquête de l’État national - 3. Stratégies familiales et jeu des alliances - De la démocratisation à la crise : la génération de l’ouverture - I. L’appareil éducatif et les hommes (1956-1968) - 1. Des hommes de double culture au pouvoir à Tunis - 2. La valse des responsables au Maroc - 3. Une école pour quoi faire ? - II. Années d’édification et formation (1956-1968) - 1. Une nécessité impérieuse, la formation des enseignants - 2. Lettres et droit dominent à l’université - III. La contestation politique réoriente la politique de formation de 1968 à 1975 - 1. Procès des années soixante et nouvelles expérimentations - 2. Les progrès des sciences à l’université - 3. Les années de braises, la génération soixante-huit - IV. La troisième génération (1956/milieu des années soixante-dix) - 1. Les lycées avant-postes de la modernisation - 2. Les études juridiques et littéraires en perte de vitesse - 3. Le succès croissant des formations techniques - V. Stratégies familiales et État national - 1. Le contrôle étatique des filières d’excellence - 2. Les années soixante où l’âge d’or de l’ouverture sociale - 3. La génération de l’indépendance aux commandes de l’État - La génération de la crise (1975-1999) - I. La mutation des systèmes d’enseignement - 1. Les politiques d’arabisation, une réponse aux troubles - 2. L’attrait de la « Mission » se renforce - 3. Le retour de l’enseignement supérieur privé - 4. Un système d’enseignement dual - II. La sociologie des filières d’excellence - 1. Des lycéens pas comme les autres - 2. Une réelle dualité au sein des formations d’ingénieurs - 3. La contestation ne quitte pas les facultés de médecine - 4. Les hautes études commerciales en ascension - 5. L’étranger pour échapper à la dualité du système de formation - 6. Une filière politique ? Les écoles d’administration - III. Fermeture sociale et consolidation des nouvelles élites - 1. Les élites échappent au chômage des diplômés - 2. La stratégie éducative et matrimoniale dans la nouvelle donne - 3. Une domination consolidée des élites sur l’État - 4. Des gouvernements technocratiques ? - Une méritocratie verrouillée - Tableaux - Bibliographie - Liste des arbres généalogiques.