Lire, s'évader, résister
Essai sur la culture de masse sous le IIIe Reich

Vincent PLATINI

Contrairement à ce que l’on a coutume de croire, on s’est beau coup amusé sous la dictature nazie ; et plus le pays s’est enfoncé dans la folie et les massacres, plus les loisirs se sont multipliés, recouvrant de leur « clameur » les râles des victimes. Le Reich était en effet une société de consommation comme les autres, rêvant des mêmes plaisirs… Est-ce si étonnant, à défaut d’être innocent ? Les loisirs aidaient à supporter l’oppression, tout en permettant d’imposer des normes fascistes sous des dehors « divertissants ». Faut-il pour autant considérer la culture de masse comme une propagande douce ? Justement, non, et là est tout l’enjeu de ce livre : si la « haute » culture a bel et bien été mise au pas, le divertissement populaire, précisément parce qu’il n’était pas considéré comme digne d’intérêt, a joui d’une certaine liberté. Il a donc existé, au sein même du IIIe Reich, des romans, journaux, des jeux et des films qui recelaient une critique féroce, mais « codée », du régime et qui furent diffusés en masse.
Ce livre offre ainsi une lecture totalement inédite du régime nazi en prenant en compte sa dimension infra-politique. Il montre comment les romans policiers, la science-fiction, l’humour ou le sport, mais aussi les films d’aventures ou la culture automobile ont pu être le creuset d’une dissidence voilée, d’une micro-résistance du quotidien qui témoigne d’un autre visage de l’Allemagne sous la dictature hitlérienne.

Version papier : 22 €
Version numérique : 14,99 €
Facebook Twitter Google+ Pinterest
Détails techniques
Collection : Hors collection Sciences Humaines
Parution : mai 2014
ISBN : 9782707176400
Nb de pages : 220
Dimensions : 135 * 220 mm
ISBN numérique : 9782707182951
Format : EPUB

Vincent PLATINI

Vincent PLATINI
Vincent Platini est né en 1980. Il a étudié la littérature et le cinéma en France, en Allemagne et aux États-Unis. Après une thèse en littérature comparée à la Sorbonne, il vit et travaille désormais à Berlin. Il a enseigné à l’université d’Augsbourg ainsi qu’à la Freie Universität de Berlin. Il a choisi, traduit et présentéKrimi. Une anthologie du récit policier sous le IIIe Reich (éd. Anacharsis, 2014).

Extraits presse

La représentation d'un pouvoir hitlérien contrôlant le Reich d'une main de fer est un legs de la propagande nazie. Dans un essai très documenté, l'historien Vincent Platini illustre ce constat en passant au crible la part la plus populaire de l'abondante production culturelle des années 1933-1945: malgré l'enracinement brutal du régime totalitaire, des films et des livres, comédies comme romans de gare, portent en effet les traces d'une subtile contestation. Critique subliminale, dénonciation métaphorique, pluralité des interprétations, dérision massive et citations paraphrasées d'écrivains "dégénérés" sont quelques-unes des stratégies mises en oeuvre par les auteurs qui payèrent parfois de leur vie cette contrebande idéologique. Difficile, néanmoins, de déterminer si les spectateurs des Aventures du baron Münchhausen ou les millions de lecteurs de polars subversifs saisissaient cette dimension séditieuse. Plus ou moins éloignés du contexte politique, les produits de divertissement "déviants" s'apparentent ainsi à un exutoire qui facilita l'acceptation d'un quotidien bientôt saturé par la guerre. Dans l'Etat nazi, c'était à la fois beaucoup, et bien peu.

23/05/2014 - Thomas Rabino - Marianne

 

L’ordre contre l’obscurité : on pourrait croire que l’imaginaire de la littérature policière a fait de celle-ci un instrument privilégié de la propagande nazie. La réalité fut bien plus complexe. Vincent Platini, en livrant son anthologie du récit policier et une étude de la culture populaire sous le IIIe Reich, Lire, s’évader, résister, éclaire finement les rapports entretenus par le régime avec ce genre littéraire.

20/06/2014 - Julie Clarini - Le Monde

 

Le IIIe Reich fut sans doute l’un des régimes où la propagande exerça la plus forte emprise sur la société allemande. Le ministre chargé de la penser et de l’appliquer dans tous les aspects de la vie quotidienne, Joseph Goebbels, en fit 
une entreprise inédite par son ambition totalitaire. Pour autant, l’idéal de la propagande n’est pas d’être omniprésente et par trop massive, faute de quoi elle manque son but. « Dès qu’une propagande est consciente, elle devient inefficace », disait J. Goebbels. C’est le mérite du travail de Vincent Platini de montrer comment la culture populaire allemande de l’époque s’est efforcée 
de contourner l’obstacle et de se glisser dans les failles de l’édifice. Le cinéma, 
la littérature populaire, le roman policier 
en particulier, même soumis au contrôle d’une administration aux effectifs pléthoriques, ont pu être le lieu d’une critique discrète et d’un ferment 
de dissidence.
C’est par allusions, silences, aposiopèses (suspensions rhétoriques de la fin de 
la phrase) et autres contournements que s’est manifesté l’écart au discours imposé.
L’art officiel conduisant à la lassitude à force de répétition, les « contrebandiers de la culture de masse » se frayèrent un chemin dans la masse de la production, rusant en permanence face à la terreur et à la censure. Ainsi, le divertissement populaire a-t-il gardé un degré de liberté durant toute la durée du régime et même pendant la guerre.

01/10/2014 - Nicolas Journet - Sciences humaines

 

En général, les ouvrages relatifs à l’Allemagne hitlérienne prêtent rarement à la légèreté de ton : le sujet est souvent traité de manière pesante et dramatisé. Toutefois, il serait erroné aussi de croire à l’idée d’un IIIe Reich monolithique dans lequel « un peuple forcené [aurait marché] derrière un seul homme vers un massacre programmé ». Le propos de Vincent Platini, enseignant et chercheur à l’Université Libre de Berlin, n’est ici évidemment pas d’atténuer les atrocités commises en ce temps mais plutôt d’introduire un aspect souvent négligé de la culture de masse sous le règne nazi : le divertissement populaire. Le propos semblera décalé. Mais c’est en cela que repose notamment l’intérêt du livre.

23/05/2014 - Eric David - Liens socio

 

Table des matières

Acronymes et abréviations fréquemment utilisés
Introduction. Prendre le thé avec Goebbels
1. Divertissements populaires et subversions anodines

« Je sais ce que pense le peuple »
Le lièvre et le nazisme
Divertir, discipliner
Infiltrations, résistances
Fortune du crime, privilège du mépris
Quand bien même
2. Contrôles et dérapages
Mise(s) au pas
Coups de force - Censures - Les blocs - Les chambres culturelles
Arythmies et cahots
Crocs-en-jambe - Désintérêt et temps de retard - Mesures
Erreurs de casting
Faire avec ce qu’on a - Têtes de gondole
La folle marche forcée
L’investissement du plaisir - Danse macabre
3. Grilles d’interprétation, lectures dissidentes
La liberté artistique : carte blanche sur fond brun
Un goût soigné - Le flou artistique
L’interprétation illimitée
Le Reich herméneutique - Relectures policières
Des lectures fébriles
Craindre et relire - Rien ne dure
Trois exemples indécis
Cela veut dire ce que vous voulez - « Personne ne peut répondre à la question : quel genre d’homme était Münchhausen ? - « Rien de plus beau que les premières répétitions, celles où manquent encore les décors… »
4. Divertissements policés et Krimià croix gammée
Esquisser l’ennemi
Trouble dans les bas-fonds - Figures de la délinquance
Alerte
Nouvelle police, nouvelles pratiques - À l’ombre du pouvoir
5. Territoire sous contrôle et lignes de fuite
Enlacements : vivre au fil du Reich
Les voies de l’unité - Cartes et quadrillages - Vers la conquête
D’ailleurs : le rapport à l’étranger
Le repli - Les inventions de l’étranger
Conclusion. Sortir de la parenthèse
Remerciements
Notes.

Droits étrangers

CRIMINAL ENTERTAINMENT
Mass culture and popular literature under the Third Reich

Should we consider mass culture a form of soft propaganda ? No. If \"highbrow\" culture had well and truly been made to conform under the Third Reich, popular entertainment, precisely because it wasn't considered worthy of interest, enjoyed a certain amount of freedom. Thus there existed under the Nazi dictatorship novels, newspapers, and films that harbored ferocious critiques of the regime, and they were widely distributed. A groundbreaking essay.


Vincent Platini teaches comparative literature at the Fach-Universität in Berlin.


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites