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Catalogue / Sociologie, société / La France a peur     

La France a peur
Une histoire sociale de « l'insécurité »

Laurent BONELLI

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La France a peur - Laurent BONELLI
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Zones de non-droit », « délinquants toujours plus jeunes et plus récidivistes », « flambée de la violence urbaine » : l’« insécurité » semble devenue l’un des principaux problèmes sociaux du début du XXIe siècle en France. Les responsables politiques, de droite comme de gauche, invoquent la « demande de sécurité » de leurs électeurs pour réclamer une action plus énergique de la police et de la justice et les gouvernements successifs ont rivalisé dans l’adoption de lois et de mesures nouvelles en la matière.
D’où vient une telle inflation du thème de la sécurité depuis le début des années 1980 ? Dans quelle mesure a-t-elle modifié la perception des milieux populaires et de leurs problèmes sociaux ? Cet ouvrage montre que l’émergence de l’« insécurité » est inséparablement liée aux formes de précarités qui se développent depuis la fin des Trente Glorieuses et au recul constant de l’État social. C’est à partir de l’ensemble de ses dimensions qu’il aborde cette question, des transformations des quartiers populaires à celles du jeu politique, du traitement médiatique de la « délinquance » aux savoirs et expertises en tout genre mobilisés pour l’interpréter, des politiques locales de sécurité jusqu’aux mutations profondes intervenues dans l’organisation et les missions de la police, de la justice et de l’école.
Avec la reformulation progressive de la question sociale en impératif d’« ordre dans la rue », c’est tout un pan des relations entre les citoyens et les institutions républicaines qui a changé de visage. Un livre somme qui permet de prendre la mesure d’un changement d’époque.

Introduction
I / Les transformations des quartiers et des milieux « populaires » dans la France des années 1980
1. Les « grands ensembles » et leur histoire
La construction des « grands ensembles » - Proximité spatiale, distance sociale ?
2. Disciplines et indisciplines des jeunesses populaires
La « généralisation » scolaire et ses effets - Les évolutions du travail non qualifié - Ces « jeunes dont on parle »
II / Une généalogie des discours politiques de sécurité
3. Des Minguettes à Vaulx-en-Velin : vers une approche globale de la question urbaine ?
La (re)découverte des désordres urbains - Un réseau de « modernisateurs » de l’État
4. De la question urbaine à la lutte contre « l’insécurité »
Le discrédit symbolique des politiques de la Ville - Aggiornamento idéologique au parti socialiste
III / Comment « l’insécurité » est-elle devenue un objet et un enjeu du débat politique ?
5. De la gestion locale de la sécurité à la gestion de la sécurité locale
Des usages locaux de la sécurité - Codification et standardisation des pratiques locales - Les « consultants » en sécurité urbaine
6. La sécurité comme investissement politique
L’abstention et la montée du vote Front national - Le « nouveau jeu politique » - La sécurité comme bien politique
IV / La reformulation \"médiatique\" de la sécurité
7. « L’insécurité » télévisée - Que sont les magazines télévisés consacrés à « l’insécurité » ? - Qui sont les invités sur les plateaux de télévision ? - Les reportages
8. Un cas d’école : « Vous avez demandé la police »
Présentation - La sélection des invités - Hiérarchisation, problématisation et consécration
V / Production, avènement et usages d’une science de l’État
9. Police et délinquance, des recherches sous contrainte
Un espace savant faiblement autonome - Lieux « neutres » et lieux communs. L’Institut des hautes études sur la sécurité intérieure
10. L’élaboration et la diffusion d’une doctrine : les contrats locaux de sécurité
La construction d’une doctrine - Techniques et instruments de diffusion d’une doctrine - Des savoirs « intermédiaires » et neutralisés
VI / Qu’est-ce qu’une « politique locale de sécurité » ?
11. Une confluence de perspectives et de préoccupations hétérogènes
Des « quartiers sensibles » à géométrie variable - La lutte contre la « violence » et les « incivilités »
12. Quand la sécurité redéfinit les équilibres locaux
Des CLS traversés par des réformes d’institution - Enrôlement et invention au niveau local
VII / Réorganisation et revalorisation du travail policier
13. L’autonomie policière à l’épreuve des réformes
Réformes de la police et « modernisation » du service public - Les contradictions de la « reconquête policière » des quartiers
14. Les Renseignements généraux à la découverte des quartiers : histoire et implications d’une conversion
Police « politique » et police de la politique - Les RG et les « violences urbaines » - Luttes policières et revalorisation institutionnelle
Épilogue
Remerciements
Postface à l'édition 2010
.

« L’intérêt d’une réédition en 2010 de cet ouvrage est double. D’une part, il demeure une riche synthèse éclairant les enjeux des débats actuels : l’ouvrage est ponctuée d’illustrations pertinentes, de matériaux d’enquête divers - entretiens, notes d’observation, statistiques. D’autre part, alors même que le discours sécuritaire semble avoir perdu son élan de 2002 à 2007, la période contemporaine peut s’analyser en terme de continuité : les logiques d’action mises en place depuis 2007 sont semblables aux précédentes : renforcement de l’échelon local, durcissement de la répression, développement des technologies de surveillance. L. Bonelli conclut son propos en soulignant une différence majeure de ce contrôle étatique avec les périodes précédentes : il s’opère désormais sans contrepartie « à la précarité et aux incertitudes actuelles des milieux populaires ». Ainsi, conclut l’auteur, « qu’on le veuille ou non, sécurité et sécurité individuelle sont indissociables. Résoudre cette équation demeure un enjeu prioritaire si l’on souhaite instaurer un ordre social plus harmonieux, c’est-à-dire capable et soucieux d’assurer le bien-être de tous et pas seulement la discipline de quelques-uns ». »
Liens Socio



« Docteur en sciences politiques, Laurent Bonelli s'est penché sur cette France qui ne sait plus gérer la violence. Son analyse fine et serrée - émaillée de témoignages sur les banlieues dites "difficiles" et sur le mal être de la jeunesse d'aujourd'hui laisse apparaître que la fatalité n'y est pour rien dans la montée de la violence en France. La France a peur s'interroge sur les raisons multiples qui ont fait s'embraser les zones de "non-droit". L'urbanisation anarchique, le collège unique ou l'impuissance des pouvoirs publics face à un phénomène qui a éclaté à la fin des Trente Glorieuses, quand le travail est devenu un luxe... [...] D'autre part, Laurent Bonelli consacre plusieurs chapitres passionnants à la violence orchestrée par les médias; si elle ne ravit pas ceux qui la vivent, elle fait la joie de l'audimat où l'on privilégie les images chocs. La façon dont la télévision recrute "ses jeunes" dans le cadre d'une émission est tout spécialement savoureuse ! »
LES AFFICHES

« Chercheur en sciences politiques, Laurent Bonelli ouvre la boîte noire de l'"insécurité", parcourant les chemins par lesquels ce sujet est devenu un tel enjeu politique, médiatique et social. Déconstruire "ce qui va de soi", raconter la naissance d'un "problème social": un travail de généalogiste, au fond, qui retrace l'émergence de la doxa sécuritaire dans l'opinion au cours des trois dernières décennies. »
LE MONDE

« L'insécurité s'est emparée du discours politico-médiatique jusqu'à phagocyter l'ensemble de l'espace public démocratique. On s'en doutait. Mais derrière ce malaise qu'aura ressenti tout citoyen un minimum intéressé par la chose publique face à cette inflation du thème de la sécutité dans les débats, Laurent Bonelli apporte une réponse d'universitaire, forcément dense mais salutaire. Un livre somme qui décortique tous les pans de ce qui compose la construction d'un État républicain démocratique. De l'analyse des politiques locales de sécurité au traitement des faits-divers dans la presse en passant par les mutations profondes intervenues dans les missions de la police, il démontre, dans un travail d'historien et de sociologue, que l'émergence de l'insécurité est liée aux formes de précarité qui se sont développées après les Trente glorieuses. »
LE PROGRÈS

« Partant du constat de l'inflation du thème sécuritaire dans le débat public, politique ou académique, l'auteur, docteur en sciences politiques, se lance dans la généalogie de la doxa sécuritaire. L'étude, bien documentée, est solidement argumentée par un travail de terrain conséquent, et démontre que l'apparent va de soi concernant le discours sur l'insécurité n'est pas évident. [...] L'ouvrage, quoique imposant, se lit avec intérêt. On y retrouve les principaux résultats des analyses menées par des générations de chercheurs en sciences sociales, probablement condamnés à l'ombre par la poignée des "spécialistes de la sécurité", ces académiciens dont l'auteur a démontré l'efficacité, et qui occupent le terrain médiatique et influencent les politiques. »
URBANISME

« La France a peur... si le sociologue Laurent Bonelli a titré ainsi son ouvrage, ce n'est pas simplement pour le clin d'oeil. La fameuse formule de Roger Gicquel, prononcée en ouverture de son JT le 18 février 1976, traduit à elle seule le virage sémantique et idéologique qu'ont pris les élites politiques depuis trente ans sur cette fameuse question de l'"insécurité". Envisagée auparavant comme la simple conséquence des difficultés de sociabilisation, elle est devenue, au fil des années de crise, un enjeu à part entière du débat politique, voire un "problème d'État". Tout l'intérêt du travail du chercheur consiste à prendre du recul face à ce discours dominant. Et de montrer, à l'évidence, comment, par un mouvement de balancier, l'idée d'insécurité monte au fur et à mesure que régresse l'État social et se développe l'insécurité. »
L'HUMANITÉ

PRESSE

 

 
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