Professeure de philosophie, l'auteure de ce livre a été confrontée comme nombre d'enseignants à une forte incitation émanant de l'Éducation nationale : celle d'évaluer systématiquement les « compétences acquises » par les élèves, sur des critères préétablis. Frappée par l'utilitarisme de cette méthode, elle a voulu en savoir plus sur son origine. À sa grande surprise, elle a découvert l'omniprésence de l'« approche par compétences » dans l'éducation : depuis les années 1980, celle-ci est de plus en plus utilisée, dans les pays du Nord comme du Sud, de la maternelle à l'université, pour l'évaluation personnelle des élèves comme pour celle des systèmes éducatifs nationaux. Ce qui l'a amenée à explorer un univers méconnu : celui du « marché des compétences », fondé sur la théorie du « capital humain », promue par des institutions internationales comme l'OCDE et l'Unesco. Ce livre restitue l'enquête conduisant à ces découvertes, la prolongeant par un double questionnement. Si l'approche par « compétences » progresse dans les systèmes éducatifs grâce à l'ignorance de ce qu'elle recouvre, les enseignants n'en sont-ils pas les instruments inconscients ? Mais comment s'opposer à une approche qui se place au service de l'individu et de son « employabilité », même si c'est ainsi qu'elle opère la transformation de l'Éducation nationale en « fabrique de ressources humaines » ? S'appuyant sur l'analyse de pratiques concrètes d'enseignement, Angélique del Rey explore les voies d'une « autre école » qui, plutôt que d'armer les élèves pour une « vie moderne » standardisée, assume les défis de la situation. Elle plaide pour qu'enseignants et parents encouragent, par leur éducation, les jeunes à « suivre leur chemin », quitte à les mettre en conflit avec les principes utilitaristes qui prévalent. C'est le prix pour que ceux-ci sachent demain s'épanouir dans le monde et le transformer.
Collection : Cahiers libres Parution : janvier 2010 Nb de pages : 288
Prix : 19 € ISBN : 9782707159380 Dimensions : 135 * 220 mm Façonnage : Broché
Angélique del Rey enseigne la philosophie dans un centre de postcure pour adoles-cents, en banlieue parisienne. Elle est l’auteure, avec Miguel Benasayag, de Plus jamais seuls. Le phénomène du téléphone portable (Bayard, 2006) et Éloge du conflit (La Découverte, 2007). Coanimatrice, avec Miguel Benasayag, du collectif Malgré tout, elle a également collaboré, avec des membres du Réseau Éducation sans frontières, à l’écriture de La Chasse aux enfants (La Découverte, 2008).
Remerciements Introduction Comment j’ai découvert l’école des compétences Notre ignorance et ce qui s’ensuit Connaître est agir Pourquoi ce livre ? I / Vers une école plus démocratique 1. Une tendance mondialisée Du « Socle » français aux « Recommandations » européennes - Le « Renouveau pédagogique » au Québec - Quand les compétences voyagent au Sud : le cas de l’Argentine 2. Genèse des compétences dans l’éducation L’évaluation-monde des compétences - Évaluer l’acte ou juger l’être ? - Vision de l’éducation en marchandise - L’éducation, facteur de croissance dans la « théorie du capital humain » - Quand l’entreprise investit dans le capital humain et la formation - Les sociologues du travail à la rescousse - La « formation tout au long de la vie » : capture d’une logique sociale 66 Entre l’école et l’entreprise : quel partage des rôles ? 3. Les compétences dans le récit Un mot sur le problème - « Savoir apprendre » pour affronter la vie - Quand la société cognitive efface le travail de production - Au cœur de la société de la connaissance : l’« innovation » - Le travail comme épanouissement personnel II / La déterritorialisation de l'éducation 4. De la discipline au biopouvoir La pédagogie nouvelle et les compétences - Le détournement des « pédagogies actives » - L’élève sans qualités - Pouvoir de la norme et « cruauté » de l’autoévaluation - Fausse ouverture - Une liberté sous contrainte 5. Une approche utilitariste Objectif d’efficacité et formatage du pédagogique - La fonction et l’organe - L’école des ressources humaines 6. Le devenir-ardoise de l’élève L’homme de la modernité - La déterritorialisation de l’éducation - Un soi-disant progressisme - La négation du conflit III / L’autre école, celle de la transmission et du lien 7. En l’absence de toute solution… L’école est en crise - Qu’est-ce que le « progrès » ? - Un agir qui n’est pas en quête de solution - Reconnaître la multiplicité et la complexité des points de vue : de l’affrontement au conflit - Accueillir le négatif et la fragilité - Pour un universel concret - Un « non-savoir » au cœur de l’école - Le savoir n’appartient pas au pouvoir central 190 Retrouver la puissance de l’agir local : multiplicité et dispersion 8. Transmettre a-t-il encore un sens ? « Coupure de transmission » ? - L’unité perdue de l’éducation - Le paradigme de l’apprentissage -La transmission face au défi du réalisme - Des « invariants éducatifs » - Comment incarner aujourd’hui la figure du passeur ? 9. Reterritorialiser l’éducation De l’élève au centre vers le territoire au centre - Approfondir le territoire - L’importance des asymétries - Plutôt la vie… - Découvrir le monde dans notre situation Conclusion Un projet de société - Transmettre des savoirs ou acquérir des compétences ? - La défense de la vie - Dernière mise au point sur le rapport de la recherche, du pouvoir et de la base Bibliographie
From education to the production of performing pupils
Like all her collegues, this young secondary school philosophy teacher found herself enjoined by official instructions to evaluate the « acquired competencies » of her students according to pre-established criteria. Struck by the utilitarianism of this new \"common sense\" method, she decided too find out more about this theory's background. This lead her to a \"competencies market\" a notion based on the theory of \"human capital\" which is promoted by International institutions such as the OECD and Unesco who encourage States to \"invest in human resource\".
Angélique del Rey teaches philosophy in an aftercare center for adolescents in the Paris suburbs. She is the author, with Miguel Benasayag, of Plus jamais seuls. Le phénomène du téléphone portable (Bayard, 2006) and Éloge du conflit (La Découverte, 2007). She is a coordinator, with Miguel Benasayag, of the action group Malgré tout, and, in collaboration with members of the group Éducation sans frontières, of La Chasse aux enfants (La Découverte, 2008).