Penser et agir avec la nature
Une enquête philosophique

Catherine LARRÈRE, Raphaël LARRÈRE

Que signifie « protéger la nature » ? Répondre à cette question concrète, urgente, suppose d’affronter une question proprement philosophique. Car la notion même de « nature » ne va plus de soi. On a pris l’habitude d’aborder l’environnement à partir des oppositions entre nature et culture, naturel et artificiel, sauvage et domestique, que la globalisation de la crise environnementale a effacées : le changement climatique remet en cause la distinction traditionnelle entre histoire de la nature et histoire humaine.
Ces oppositions tranchées n’ont plus lieu d’être, mais leur effacement ne signifie pas pour autant le triomphe de l’artifice. On peut continuer à parler de « nature » et même en parler mieux, parce qu’il n’y a plus à choisir entre l’homme et la nature, mais plutôt à se soucier des relations entre les hommes, dans leur diversité, et la diversité des formes de vie. Que l’on s’intéresse à la protection de l’environnement, aux techniques ou à la justice environnementale, cet ouvrage montre qu’il y a moyen de concilier le souci de la nature, la diversité des cultures et l’équité entre les hommes ; et qu’il existe aussi des manières d’agir avec la nature et pas contre elle.
L’originalité de cet ouvrage tient à la démarche qui l’a inspiré : il s’agissait de conduire une enquête philosophique alliant l’exigence conceptuelle à des études empiriques et aux acquis scientifiques (en écologie, éthologie, biologie, etc.). Ce faisant, il articule des questions qui, trop souvent, s’ignorent : une réflexion sur la nature et une réflexion sur la technique – qui ne soit pas oublieuse de la nature.

Version papier : 23 €
Version numérique : 14,99 €
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Détails techniques
Collection : Sciences humaines
Parution : avril 2015
ISBN : 9782707185716
Nb de pages : 280
Dimensions : 155 * 240 mm
ISBN numérique : 9782707186973
Format : EPUB

Catherine LARRÈRE

Catherine Larrère, professeur émérite à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, spécialiste de philosophie morale et politique, a notamment publié : Les Philosophies de l’environnement (PUF, 1997) ; (avec Raphaël Larrère), Du bon usage de la nature. Pour une philosophie de l’environnement (Aubier, 1997 ; rééd. Champs Flammarion, 2009).

Raphaël LARRÈRE

Raphaël Larrère, ingénieur agronome et sociologue, a été directeur de recherche à l’Inra. Il est notamment l’auteur (avec Martin de La Soudière) de Cueillir la montagne (La Manufacture, 1985 ; rééd. Ibis Press, 2010) et (avec Olivier Nougarède) de Des hommes et des forêts (Gallimard, coll. « Découvertes », 1993 ; rééd. 2003).

Extraits presse

Dans un langage clair, Catherine et Raphaël Larrère récapitulent les constructions conceptuelles essentielles de notre appréhension de la question : la naturalité de Rousseau, la wilderness (l’état sauvage) de Thoreau, la biodiversité, l’anthropocène, la justice environnementale, le catastrophisme… Le plus grand mal qu’on souhaite à ce livre, et à quelques autres, est donc d’agir sur la décennie qui vient comme Le Capital en son temps. Le changement, c’est vraiment maintenant : chacun, à son échelle, peut d’ores et déjà se lever et agir. Comme le résument de manière limpide les Larrère : « Si nous ne transformons pas notre vie sociale, nos rapports à la nature vont se détériorer jusqu’à rendre notre vie sociale impossible. » Littéralement.

01/05/2015 - Philosophie magazine

 

S’il est rare de voir une philosophe et un agronome écrire ensemble sur les enjeux conceptuels et politiques de la crise ­écologique, il est plus précieux encore de voir cette conversation se développer au fil d’une vie et d’un engagement communs. Dans Du bon usage de la nature. Pour une philosophie de l’environnement (Aubier, 1997), Catherine et Raphaël Larrère argumentaient pour une protection de la nature qui ne l’oppose pas à la technique mais prenne en compte les développements des sciences modernes. Presque vingt ans plus tard, dans un contexte de globalisation des questions environnementales, ils actualisent cette thèse en la modifiant. L’opposition entre le naturel et l’artificiel est aujourd’hui au cœur de ­travaux anthropologiques qui montrent à quel point elle est spécifique aux sociétés occidentales, notamment ceux de Philippe Descola ou Bruno Latour .Si la plupart des sociétés ne conçoivent pas une nature séparée de l’action humaine mais plutôt un ensemble d’êtres avec lesquels les hommes sont en relation, en quoi la ­diversité des façons d’habiter le monde peut-elle orienter nos ­débats écologiques les plus urgents ? Pour répondre à cette question, Catherine et Raphaël Larrère choisissent la forme de l’« enquête philosophique », c’est-à-dire d’une clarification des concepts les plus discutés en philosophie de l’environnement en lien avec les pratiques écologiques contemporaines. (…) Nul doute qu’un tel ouvrage, à la fois clair, informé et engagé, deviendra une référence dans les débats écologiques à venir, comme l’est encore le premier livre des mêmes auteurs.

03/07/2015 - Frédéric Keck - Le Monde des Livres

 

Table des matières

Introduction
I / Respecter la nature
1. Sauver le sauvage ? L’idée de wilderness

Wildness et wilderness
La wilderness, une nature extérieure à l’homme
La critique de la wilderness
Sauver le sauvage ?
La wilderness perdue peut-elle être retrouvée ?
Le paradoxe de la wilderness
2. De la nature à la biodiversité : desserrer l’étau du dualisme
Nature et culture : quel naturalisme ?
Une dualité contingente
Desserrer l’étau du dualisme
L’individu s’affirme en référence à la nature
Biodiversité et diversité culturelle
Un cadre politique
De la wilderness à la biodiversité
Villes contre nature ou biodiversité urbaine ?
Le dynamisme du Tiers paysage
3. Diversité des biodiversités
Pourquoi la biodiversité est-elle devenue une norme pour l’action ?
Lutter contre l’érosion de la biodiversité, c’est protéger la nature et la protéger dans l’intérêt des humains
La biodiversité en tant que patrimoine
Évaluer la biodiversité est tout sauf trivial
Une invitation à prendre soin de la nature ordinaire
Un autre regard sur les activités humaines
De nouvelles démarches pour une politique de protection
4. Autochtonie, solidarité, naturalité
Faut-il préserver la pureté originelle des écosystèmes ?
Quels dommages ? Les leçons de l’histoire
Arguments écologiques
Solidarités écologiques
Réseaux écologiques et trame verte et bleue (TVB)
Naturalité
Une autre politique de protection ?
II / Techniques : agir avec la nature, et non contre elle
5. Le naturel et l’artificiel

La distinction du naturel et de l’artificiel : Aristote
« Toutes les choses qui sont artificielles sont avec cela naturelles » : Descartes… et ses limites
L’artificiel, ou l’exploration des possibles naturels
Art, nature, culture
La technique, un rapport à nous-même ?
Le cauchemar solipsiste
6. Le démiurge et le pilote
Les paradigmes techniques et ce qu’ils supposent
Deux modèles qui impliquent des rapports différents à la nature et entre les hommes
De quel paradigme les nouvelles technologies relèvent-elles ?
Les OGM, le « clonage » et la biologie de synthèse : des bricolages sophistiqués
L’exploration des possibles naturels
Des pilotes qui se croient démiurges
7. L’écomimétisme
La restauration écologique
Des opérations controversées
Pourquoi restaurer ?
Les espoirs de l’agroécologie
La « révolution verte »
La révolution doublement verte
Des conditions de réalisation chimériques
III / Du local au global et vice versa
8. Peut-on échapper au catastrophisme ?
« Paris n’a pas été inondé »
Le nouveau régime de la peur
L’anthropocène
Les mérites du systémisme
…et ses limites
Du catastrophisme
Le paradoxe de la globalisation
9. Du bien commun au monde commun : la biodiversité
De la valeur intrinsèque
…à la valeur marchande
Qu’y a-t-il de commun dans la biodiversité ?
Du bien commun…
…au monde commun
10. Quelle justice environnementale ?
Justice distributive ou justice corrective ?
Le tribunal de la dette
Responsabilité et justice
De quels dommages parle-t-on ?
Quel contrat pour la justice environnementale ?
Inégalités et corruption morale
11. Diversité culturelle et environnement
La dimension environnementale des revendications culturelles
Diversité des cultures, unité de la nature ?
Faire une place aux différentes visions du monde ?
Comment s’articulent l’environnemental et le social
Quel environnementalisme ?
De la justice au care ?
Conclusion.

Droits étrangers

THINKING AND ACTING IN HARMONY WITH NATURE
A Philosophical Survey

What does it mean to “protect nature”? In order to answer this concrete question, which has become urgent within the context of today’s environmental crisis, we must contend with a strictly philosophical dilemma. Indeed, climate change sheds doubt on the traditional distinction between natural and human history, underlined by the emergence of the term anthropocene.
The authors demonstrate that it is possible to reconcile caring for nature with the diversity of cultures, or the demands of being just with respect for the environment.


Catherine Larrère, emeritus professor at l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, a scholar of moral and political philosophy, she has notably published: Les Philosophies de l’environnement (PUF, 1997); Du bon usage de la nature. Pour une philosophie de l’environnement (with R. Larrère, Aubier, 1997; Champs Flammarion, 2009).
Raphaël Larrère is an agricultural engineer and sociologist and former research director at INRA. He wrote (with M. de la Soudière) Cueillir la montagne (La Manufacture, 1985; Ibis Press, 2010) and Des hommes et des forêts (with O. Nougarède), Gallimard, coll. « Découvertes » 1993; 2003).


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com