Les dérives de l'universalisme
Etnocentrisme et islamophobie en France et en Italie

Annamaria RIVERA

En France comme en Italie, le discours politique et social sur « nous » et « les autres » (population majoritaire et minorités issues de l’immigration) se renforce, élevant de nouvelles barrières matérielles et sociales, culturelles et symboliques. Alors que se joue, dans l’Hexagone, l’attachement viscéral à l’universalisme républicain, l’Italie se cramponne, quant à elle, à ses « racines judéo-chrétiennes » et exalte les identités régionales.
Quelles idéologies et stratégies politiques se cachent derrière ces rhétoriques universalistes ? Revisitant les polémiques sur le communautarisme et le relativisme culturel jusqu’aux usages idéologiques de la notion de civilisation, et revenant sur les successives « affaires du voile » telles qu’elles furent débattues en France et en Italie, l’auteure propose une analyse originale de ces questions à partir de la comparaison, dans un registre an-thropologique, des contextes français et italien.
Démonter la machine idéologique de l’universalisme abstrait et en révéler les dispositifs est indispensable, insiste Annamaria Rivera, pour repenser le binôme unicité/particularité dans des formes plus adaptées à la réalité présente, dans l’espoir que voie le jour un nouvel universel, polycentrique et transculturel.

Version papier : 20,30 €
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Détails techniques
Collection : Hors collection Sciences Humaines
Parution : septembre 2010
ISBN : 9782707165176
Nb de pages : 216
Dimensions : 135 * 220 mm
Façonnage : Broché

Annamaria RIVERA

Annamaria Rivera est professeure d’ethnologie et d’anthropologie sociale à l’Université de Bari (Italie). Elle est auteure ou co-auteure de nombreux articles, essais et ouvrages collectifs parmi lesquels : L’Imbroglio ethnique en quatorze mots clés (avec René Gallissot et Mondher Kilani, Payot, Lausanne, 2000). Ses recherches portent notamment sur l’analyse des métamorphoses de l’ethnocentrisme et du racisme contemporains.

Extraits presse

« Dans le passé, l’universalisme civilisateur a pu servir de prétexte à l’expansion coloniale de l’Europe. De nos jours, explique Annamaria Rivera, il sert à préserver l’hégémonie occidentale confrontée à un hypothétique «?choc des civilisations?». L’auteure, qui enseigne l’ethnologie à l’université de Bari (Italie), tire cette conclusion d’une analyse détaillée des propos tenus sur les immigrés en Italie et en France. En Italie, c’est le discours sur les «?racines judéo-chrétiennes?» de l’Europe qui domine, en France, c’est le rejet du «?communautarisme?». Concernant ce dernier, elle montre qu’en réalité, c’est toujours l’autre qui est communautariste. Le communautarisme est la cible imaginaire d’une stratégie accusatrice véhiculant des fantasmes xénophobes. En effet, ni la communauté nationale, ni les divers clubs fermés des élites (les Rotary et autres clubs de toutes obédiences) ne sont jamais nommés par ce terme. Il vise les expressions identitaires et les revendications des minorités discriminées, ainsi que toute politique visant à améliorer leur représentation. Sans renier la laïcité et la défense des femmes, Rivera se penche sur les campagnes de promotion du crucifix en Italie et la répression française du port du voile, qu’elle voit sous un jour stigmatisant. Comme antidote à ces «?racismes respectables?», elle n’invoque pas le «?droit à la différence?», mais appelle de ses vœux un nouvel universel, de forme plus que de contenu, c’est-à-dire à de nouvelles règles de communication entre cultures. »
SCIENCES HUMAINES

« Le sociologue français Didier Lapeyronnie écrivait en 1993 que « nous sommes passés d’une société intégrée construite par l’opposition entre dominants et dominés à une société marquée par la distance entre ceux du dedans et ceux du dehors, une société définie par ses frontières ». C’est à ces frontières nouvelles, sou­vent symboliques (le « voile » par exemple), que s’intéresse Annamaria Rivera, enseignante d’ethnologie et d’anthropologie sociale à l’université de Bari, dans une étude comparée des manifestations d’ethnocentrisme et d’islamophobie, en France et en Italie, dans les années récentes. Son analyse évite toute mise en perspective histo­rique, pour mieux cerner des formes nouvelles d’intolérance ou de refus de l’altérité. Le parti-pris se révèle fécond, en ce qu’il fait bien apparaître le socle idéologique commun de com­portements « nationaux » spécifiques. Dans les deux cas, France et Italie, le rejet de la différence s’abrite derrière le prétexte de la défense de valeurs universelles, mais selon des formula­tions propres. En France, le « commu­nautarisme » est combattu parce qu’incompatible avec le « modèle d’in­tégration » républicain. En Italie, c’est davantage le relativisme culturel qui est dénoncé au nom des racines chré­tiennes du pays et de la protection de ses identités régionales. Certaines rhétoriques sont en revanche com­munes. Annamaria Rivera montre de façon convaincante comment la focali­sation sur le « foulard islamique » ins­trumentalise de chaque côté des Alpes « le thème de l’égalité de genre afin de stigmatiser des catégories d’ “étran­gers”, collectivement considérés comme coupables […] des crimes sexistes ». Autant de réflexions stimu­lantes, parfois discutables, qui lais­sent néanmoins une question en suspens : est-il vraiment possible de comparer France et Italie à propos de l’immigration sans évoquer le legs his­torique en la matière ? La France est un pays d’immigration depuis plus d’un siècle, l’Italie depuis vingt ans à peine. Ceci explique parfois cela. »
ÉTUDES

PRESSE

 

Le débat sur l’efficacité de notre modèle républicain est sans cesse réactivé. La place de l’Islam est très souvent au centre de ces discussions. Cette religion est-elle soluble dans la République ? Il est sans doute intéressant de mentionner que la question s’est posée en d’autres temps pour les autres religions monothéistes. L’objectif de cet ouvrage n’est pas cependant de se plonger dans l’histoire, mais plutôt d’analyser ce qui peut se passer ailleurs sur cette thématique d’une brûlante actualité. Annamaria Rivera, professeure d’ethnologie et d’anthropologie sociale à l’Université de Bari, nous propose un essai précieux en ce sens qu’il nous permet de regarder nos éventuelles difficultés à la lumière de celles qui peuvent exister dans un pays voisin : l’Italie. En sortant de ce que l’auteure appelle une « certaine autarcie culturelle », il s’agit finalement de nous offrir un regard neuf sur une problématique bien connue...

16/09/2010 - Eric Keslassy - Liens socio

 

Table des matières

Avant-propos
1 Les spectres du communautarisme et du relativisme
Deux thèmes convergents
Marginalité sociale et réactions identitaires : le cas français
Le thème anticommunautariste en France
Une question de « race » ?
Mérites et bavures du discours postcolonial
Le relativisme culturel : une cible facile
2. Une posture relativiste pour comprendre la pluralité culturelle
Une pierre angulaire de la pensée anthropologique
Dépasser les réactions épidermiques
Intégrer les dilemmes
Un saut épistémologique pour penser unicité et pluralité
L’« ethnocentrisme critique » d’Ernesto De Martino
Au-delà de l’universalisme particulier
Quand l’universalité se fait tension active
3. Du trop dit à l’interdit. Le « voile » dans les débats publics et dans les pratiques sociales
Déféchitiser le voile
Corps voilés, corps dévoilés
Dévoilement et imaginaire colonial
Hijâb, modernité et autodétermination
Une « affaire de quoi » ?
Le débat public en France
Défense de la laïcité et des droits des femmes
En Italie, ralliement derrière le crucifix
La racialisation du sexisme
4. Nous, la Civilisation. Heurs et malheurs d’une notion controversée
La Civilisation, ou l’identité ethnique de l’Occident
Le « paradoxal » ethnocentrisme des Lumières
Comment le « bon sauvage » devint méchant
L’opposition culture/civilisation
Les grandes heures de la notion de « civilisation »
Hégémonisme occidental et pensée de la décadence
Au-delà d’une logique binaire et dichotomique.