La société du contact dans l'Algérie coloniale

REVUE LE MOUVEMENT SOCIAL

Ce numéro varié s’ouvre sur un dossier consacré au « monde du contact » entre les diverses composantes de la société coloniale algérienne de l’entre-deux guerres. Dans ses textes se croisent les regards de chercheurs européens et algériens, historiens et anthropologues. Les traductions locales des mobilisations du Front populaire à Oran dessinent entre milieux musulmans et colons européens des circulations inédites et éphémères autour d’un projet de réforme de la société coloniale. Les limites de ce rapprochement sont éclairées par le foisonnement associatif des milieux réformateurs musulmans et les perceptions de la colonisation par une société villageoise restée à l’écart de la présence européenne. À Alger, dans les années 1930, s’observe un glissement du réformisme avant tout culturel et religieux vers l’aspiration nationaliste à l’indépendance, glissement qui se reflète dans l’occupation de l’espace urbain et pénètre de nouvelles couches sociales. Considérés a priori comme voués au mimétisme par rapport aux normes et aux usages de la presse métropolitaine, les journalistes « indigènes », fortement politisés, jouent le rôle d’éveilleurs d’une « opinion publique musulmane ». Quand aux Béni-Boudouane, ils doivent à la colonisation la formalisation de leur existence en tant que tribu, mais ils ont surtout connu de la présence française son issue guerrière.
Cette problématique des fractures à retardement de la société coloniale est prolongée par l’article de Françoise Blum sur la révolution malgache de 1972. Le rejet du néo-colonialisme a beaucoup contribué au renversement du régime alors en place dans la Grande Île, perçu en particulier par la jeunesse étudiante comme trop dépendant à l’égard de la France.
En complément, Leyla Dakhli se penche sur les transformations des sources du travail historique à la lumière des récents événements de Tunisie. Elle s’interroge notamment sur le statut et l’exploitation des matériaux issus du web pour écrire l’histoire des mobilisations sociales.

Version papier : 16,30 €
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Détails techniques
Collection : Revue Le Mouvement social n°236
Parution : octobre 2011
ISBN : 9782707169655
Nb de pages : 160
Dimensions : 155 * 235 mm
Façonnage : Broché

REVUE LE MOUVEMENT SOCIAL


Revue trimestrielle fondée par Jean Maitron en 1960, puis dirigée de 1971 à 1982 par Madeleine Rebérioux, Le Mouvement social est publié par l’association du même nom, avec le concours du CNRS et avec la collaboration du Centre d’histoire sociale du XXe siècle (ex-Centre de recherche historique des mouvements sociaux et du syndicalisme de l’université Paris-I-CRHMSS), et diffusé avec le concours du Centre national du livre.
Le Mouvement Social rend compte des développements récents de l’histoire sociale : à l’histoire des engagements collectifs et des organisations professionnelles, qui constituait à l’origine sa raison d’être et qui demeure l’un de ses principaux centres d’intérêt, s’ajoutent d’autres approches d’histoire sociale et d’autres champs d’étude : l’histoire du travail et de l’économie, l’histoire sociale du politique et de l’État, l’histoire culturelle et des imaginaires sociaux, celle des rapports de genre, celle, aussi, de l’immigration et de toutes les formes de mobilité. La revue embrasse l’époque contemporaine dans toute son ampleur, des premières années du XIXe siècle au début du XXIe siècle.

Table des matières

Quel « monde du contact » ? Pour une histoire sociale de l’Algérie pendant la période coloniale, par Emmanuel Blanchard et Sylvie Thénault
La société du contact dans l’Algérie coloniale
Le moment Front populaire en Oranie : mobilisation et reconfigurations du milieu militant de gauche, par Claire Marynower
Les lieux de sociabilité islamistes et leurs usages : Alger, 1931-1940, par Afaf Zekkour
Presse et journalistes « indigènes » en Algérie coloniale (1890-1950), par Philipp Zessin
« Pour moi, l’Algérie, c’est les Béni-Boudouane, le reste j’en sais rien ». Construction, narrations et représentations coloniales en Algérie française, par Giulia Fabbiano
Afrique : après les indépendances
Madagascar 1972, l’autre indépendance. Une révolution contre les accords de coopération, par Françoise Blum
Chronique
Une lecture de la révolution tunisienne, par Leyla Dakhli
Notes de lecture
La France et la question coloniale : pratiques et discours
Guerres d’Afrique. 130 ans de guerres coloniales, de V. Joly, par S. Thénault
Biribi. Les bagnes coloniaux de l’armée française
, de D. Kalifa, par A.-D. Houte
L’abus de pouvoir dans l’Algérie coloniale (1880-1914),
de D. Guignard, par E. Blanchard
La rançon du colonialisme. Les surréalistes face aux mythes de la France coloniale (1919-1962)
, de S. Leclercq, par A. Messaoudi
Paysans, intellectuels et populisme à Madagascar (1960-1975), de F. Raison-Jourde et G. Roy, par F. Blum
Histoire de l’immigration et question coloniale en France
, de N. L. Green et alii, par S. Thénault
Le travail à l’aune du genre. – Les ouvrières de la République. Les bonnetières de Troyes sous la IIIe République, de H. Harden Chenu, par C. Avrane
Femmes de pouvoir. Une histoire de l’égalité professionnelle en Europe (19e-20e siècles), de S. Schweitzer, par F. F. Laot
Les extrêmes gauches
The Wind from the East. French Intellectuals, the Cultural Revolution and the Legacy of the 1960s, de R. Wolin, par É. Brun
Les grammaires de la contestation. Un guide de la gauche radicale, de I. Pereira, par D. Tartakowsky
Léopold Haimson (1927-2010), par Éric Brian
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