La question postcoloniale
Hérodote a 30 ans

REVUE HÉRODOTE

L’adjectif « postcolonial » est de plus en plus utilisé de façon plus ou moins polémique et négative. Il sert à évoquer les séquelles de la colonisation dans les pays devenus indépendants, et il qualifie aussi dans les anciennes métropoles coloniales des problèmes qu’elles ne connaissaient pas avant les indépendances. En France, par exemple, vivent près de sept millions de personnes venues des anciennes colonies françaises ou qui sont leurs enfants et petits-enfants. Pour dénoncer les discriminations dont ils sont souvent victimes, divers mouvements politiques et intellectuels de gauche soutiennent aujourd’hui ceux qui ont lancé début 2005 un manifeste revendiquant les droits des « indigènes de la République ». Cette expression paradoxale mais efficace fait allusion au statut d’infériorité par rapport aux Européens qui caractérisait les « indigènes » dans les anciennes colonies. Mais ces discours qui dénoncent parfois la France comme une « société coloniale » peuvent mener à de dangereux malentendus. En effet, ces « indigènes » d’aujourd’hui sont minoritaires dans la République française, alors que dans les colonies, les indigènes d’hier, qui n’avaient presque aucun droit, formaient l’essentiel de la population. Dans les pays qui ont été des métropoles coloniales, on en vient en tout cas à parler de situations postcoloniales. C’est également la conséquence de changements majeurs dans le monde musulman et d’une remise en cause de l’histoire mondiale. La dénonciation désormais classique de la Shoah a ainsi conduit à la prise de conscience que la traite des esclaves durant des siècles a été le plus long des crimes contre l’humanité. D’où certaines tendances à une diabolisation souvent simplificatrice de ce phénomène mondial que fut la colonisation. Mais la question postcoloniale ne se pose pas de la même façon en France, au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas.

Version papier : 24 €
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Détails techniques
Collection : Revue Hérodote n°RHE
Parution : mars 2006
ISBN : 9782707147806
Nb de pages : 288
Dimensions : 170 * 200 mm

REVUE HÉRODOTE

La revue Hérodote, créée et dirigée par Yves Lacoste depuis 1976, trimestrielle, s’efforce de promouvoir une géographie d’action et une conception nouvelle et globale de la géopolitique. Dans le cadre de numéros thématiques et en faisant appel à des spécialistes reconnus, elle poursuit sa lecture exigeante d’un monde qui devient de plus en plus complexe.

Extraits presse

« La livraison de ce premier trimestre se situe dans la droite ligne de cette passion d' "aider les citoyens à mieux comprendre les problèmes géopolitiques". Elle permet une déconstruction de la question coloniale et de sa filiation postcoloniale par un large éventail de sujets. Refusant une démarche moraliste, les différents auteurs procèdent à une radiographie critique des débats actuels autour d'une question qui "pose en vérité celle de l'évolution de la nation", comme le souligne le directeur de la revue, Yves Lacoste. »
L'HUMANITÉ

« La revue trimestrielle Hérodote propose un numéro spécial sur "la question postcoloniale". Le nouvel anticolonialisme français, et notamment ses rapports avec l'Algérie, les récentes émeutes en banlieue mais aussi l'Inde émergente, les attentats de Londres ou les sociétés d'Afrique noire font ainsi l'objet d'une analyse pointue par les passionnants chercheurs de cette revue de géopolitique. Une lecture vivifiante qui permet de mieux comprendre le monde d'aujourd'hui. »
METRO

« Alors que la relation coloniale est à sens unique, la relation postcoloniale est beaucoup plus réciproque et si les ex-colonies ont à gérer des héritages complexes et enchevetrés, les ex-colonisateurs n'en sont pas exempts. Tout un ensemble qui fait que la question postcoloniale ne se pose pas de la même façon en France, au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas, pas plus qu'en Indonésie, en Inde ou au Magrebh sans oublier l'Irlande, tous sujets abordés par les chercheurs dont les articles sont rassemblés dans ce numéro.Rappelé dans un avant propos signé d'Yves Lacoste et Béatrice Giblin, le but d'Hérodote est de mettre "en oeuvre une conception démocratique de la géopolitique, mais fondée sur une démarche scientifique... [en posant] des questions qui fâchent et qui ne sont pas politiquement correctes". Il faut lui en donner acte, son objectif est, une nouvelle fois, atteint. »
BULLETIN CRITIQUE DU LIVRE

PRESSE

 

Table des matières

Hérodote a trente ans, par Yves Lacoste et Béatrice Giblin— La question postcoloniale, par Yves Lacoste. — L’Inde émergente, ou la sortie des temps postcoloniaux, par Jean-Luc Racine— Le postcolonial : histoires de langues, par Émilienne Baneth-Nouailhetas— Fracture sociale ou fracture nationale ? De la gravité des violences urbaines de l’automne 2005, par Béatrice Giblin — Un effet du « postcolonial » : le renouveau de la culture kabyle. De la mise à profit de contradictions coloniales, par Camille Lacoste-Dujardin — Les « indigènes de la République » : nation et question postcoloniale. Territoires des enfants de l’immigration et rivalité de pouvoir, par Jérémy Robine— La guerre d’Algérie en France métropolitaine : souvenirs « oubliés », par Bernard Alidières— Les événements de Perpignan ou la fin d’un système géopolitique local, par David Giband — Les attentats de Londres, révélateur du malaise de la nation britannique, par Delphine PapinQuis separabit ? Comment l’unionisme nord-irlandais gère la menace d’un avenir « postcolonial », par Wesley Hutchinson— L’Afrique noire au crible de la mémoire coloniale, par Roland Pourtier— Lettres de Bruxelles et de Kinshasa. — Comment peut-on être Indonésien ? De la mondialisation d’un archipel, par François Raillon. — Lettre d’un professeur de lycée à propos des critiques récurrentes sur les programmes d'histoire-géographie —Hérodote a lu. — Résumés. — Abstracts.

Droits étrangers

POSTCOLONIAL ISSUES


The adjective « postcolonial » has increasingly negative connotations. It is employed to describe the consequences of colonization in now independent countries, but also the former colonial empires’ own difficulties, such as discrimination towards the «Republic’s Natives» - the descendants of these colonized peoples. The temptation to over-simplify must however be avoided and it is important to remember that postcolonial issues differ from country to country.



Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com