Former pour réformer
Retour sur la formation permanente (1945-2004)

Lucie TANGUY, Guy BRUCY, Pascal CAILLAUD, Emmanuel QUENSON

La formation tout au long de la vie est devenue un mot d’ordre mobilisateur de la politique économique et sociale européenne. En France, elle fait l’objet d’une loi qui la consacre comme un droit individuel des salariés. Elle est présentée comme une conquête sociale et un bien universel, dont seuls l’accès et les modes de réalisation feraient problème. Cet ouvrage s’attache à déconstruire ce mythe. À partir de perspectives historiques, juridiques et sociologiques, ses auteurs montrent comment elle fut promue, dès les années 1950, par des élites réformatrices œuvrant dans différents lieux de la société, comme un instrument de modernisation de la France pour accroître la productivité, pacifier les relations de travail au sein des entreprises, et favoriser l’intégration politique. Conçue à l’origine comme une obligation nationale relevant de l’autorité de l’État, la formation professionnelle continue est progressivement entrée dans le champ des relations professionnelles et a transformé les syndicats en « partenaires sociaux ». Initiative de cadres, elle n’a pas rencontré l’adhésion immédiate des salariés, ni celle de leurs organisations syndicales. Elle s’est imposée au terme d’un long travail de persuasion. Les représentations dont la formation continue est l’objet ont occulté la pérennité de faits inhérents à sa construction originelle : elle n’est pas la voie de la « seconde chance », susceptible de réparer les inégalités scolaires, ni celle de la « promotion sociale ». Initialement pensée par Jacques Delors comme la « clef de voûte d’une politique contractuelle », parce qu’elle était « un domaine de convergence possible entre le patronat et les syndicats », la formation tout au long de la vie est aujourd’hui associée à l’institutionnalisation du « dialogue social » dans la loi de 2004, laissant voir la continuité des réformes impulsées trois décennies plus tôt.

Version papier : 29,50 €
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Détails techniques
Collection : Recherches
Parution : octobre 2007
ISBN : 9782707153227
Nb de pages : 272
Dimensions : 135 * 220 mm
Façonnage : Broché

Lucie TANGUY

Lucie Tanguy, sociologue, est directrice de recherche émérite au CNRS, laboratoire Genre Travail et Mobilités (CNRS-université Paris-X-Nanterre).

Guy BRUCY

Guy Brucy est historien, professeur en sciences de l’éducation, laboratoire CURAPP (CNRS-université Jules-Verne, Amiens).

Pascal CAILLAUD

Pascal Caillaud est chargé de recherche CNRS, juriste, laboratoire Droit et changement social, Maison des sciences de l’homme Ange-Guépin de Nantes.

Emmanuel QUENSON

Emmanuel Quenson est sociologue, maître de conférences, université d'Evry-Val-d'Essonne, Centre Pierre-Naville.

Extraits presse

« Produit de la collaboration entre un juriste, un historien et deux sociologues, cet ouvrage interroge le destin d'un projet - la formation tout au long de la vie - dont les racines datent des années 1950. Aujourd'hui, un droit individuel pour tous les salariés, la formation permanente est volontiers présentée comme un instrument de la seconde chance, comme un acquis majeur au service de la promotion sociale. Après avoir été l'affaire de l'État, la formation professionnelle continue est devenue celle des syndicats et des organisations d'employeurs. De la loi Delors de 1971 jusqu'à la toute récente loi de mai 2004 sur le dialogue social, la formation professionnelle continue s'est effectivement imposée au rang de pièce majeure au service de la politique contractuelle. En rester, comme souvent, à ces simples constats est cependant aller un peu vite en besogne. Ainsi que le montrent en détail les auteurs de l'ouvrage, c'est oublier en effet que la formation tout au long de la vie a d'abord été une réponse à un ensemble de défis propres à la période d'après-guerre. Il s'agissait alors d'inventer des moyens de favoriser l'intégration politique, de reconstruire l'économie à l'aide d'une main d'oeuvre qualifiée et productive et, enfin, d'apaiser un monde ouvrier toujours tenté par les grèves insurrectionnelles. Loin d'être le produit d'un dessein généreux qui assigne à la formation le statut de bien universel, le développement de la formation permanente doit être donc compris avant tout comme la résultante de l'action d'une élite réformatrice aux intérêts bien spécifiques. »
SCIENCES HUMAINES

« La "formation professionnelle tout au long de la vie" est représentée comme une conquête sociale. Quatre chercheurs du CNRS montrent à partir d'éléments historiques, juridiques et sociologiques comment elle a été utilisée dans les années 1950 comme un instrument de modernisation pour accroître la productivité, pacifier les relations sociales dans l'entreprise et favoriser l'intégration politique contractuelle, la formation redevient un instrument du dialogue social. »
INFFO FLASH

PRESSE

 

Table des matières

Introduction,par Guy Brucy - Modernisation et injonction productiviste - La mise en scène politique de la formation - Mobilité professionnelle et promotion sociale - Moderniser avec et contre l’école - Références bibliographiques - 1. La fabrication d’un bien universel,par Lucie Tanguy - Des conditions économiques et politiques favorables (1950-1960) - L’oeuvre d’élites réformatrices -Des institutions de médiation - Des directeurs du personnel de grandes entreprises - Des experts de la planification - Une génération - La mise en place d’outils et de dispositifs pédagogiques pérennes - Définir la formation en termes de compétences - Mettre en relation la formation avec l’emploi - Inventer et diffuser une doctrine pédagogique - De l’éducation à la formation, des réformes transversales à la société - Autres mots, autres politiques - Compétences et certifications - Une offre de formation individualisée - Renversement et refonte ? - Références bibliographiques - 2. Entre autonomie et intégration, la formation syndicale à l’université (1955-1980),par Lucie Tanguy - Associer les syndicats à la modernisation de la France (1950) - La création des instituts du travail - Un train de réformes sociales du travail - Un mouvement pour une démocratie politique et sociale - Des universitaires missionnaires de la cause syndicale - Des universitaires atypiques - Des directeurs influents - Un recrutement fondé sur la militance - Des ouvriers reconnaissants mais sans révérence - Une pédagogie hybride relevant d’une double autorité -La pédagogie n’est pas neutre - Une activité collective - Instituts du travail et écoles syndicales, des rapports ambivalents -Conclusion - Références bibliographiques - 3. La formation au travail : une affaire de cadres (1945-1970),par Guy Brucy - Définir la formation des militants : un combat sémantique et politique - CFTC et CGT-FO : former des militants pour négocier - CGT : former des combattants de la lutte des classes - Les syndicats face aux promoteurs de la formation en entreprise - Perfectionnement volontaire et promotion ouvrière - Des divergences majeures : la productivité et le modèle américain - Promotion ouvrière et compromis social-démocrate : le projet de la CGT-FO - Le tournant des années 1960 : les cadres prennent l’initiative - La formation des cadres : un enjeu décisif pour les multinationales - La nouvelle donne syndicale - Les cadres, précurseurs de la loi de 1971 - Conclusion - Références bibliographiques - 4. Informer pour faire adhérer (1971-1976),par Emmanuel Quenson - D’une campagne pour la productivité à l’information économique - Un objet de controverses - Des prosélytes de la communication -Convertir les salariés à la formation - Un dispositif de propagande - Animer par un réseau - Un « antagonisme limité » entre les syndicats - Le Centre INFFO : un lieu d’expertise - Des actions dirigées vers les chômeurs - De l’expérimentation à l’institutionnalisation - Conclusion - Références bibliographiques - 5. La construction d’un droit de la formation professionnelle des adultes (1959-2004),par Pascal Caillaud - Les fluctuations des premiers textes (1959-1971) - Des notions aux contours juridiques incertains - De la coordination étatique à la politique contractuelle - Un système juridique fondé sur le droit du travail (1971-2004) - Quel statut pour la personne en formation ? - Négocier et représenter : la compétence des organisations de salariés et d’employeurs - Entre morcellisation et individualisation du droit de la formation - « La formation professionnelle tout au long de la vie » : quelle signification juridique ? - De la branche professionnelle à la région - L’individualisation de l’accès à la formation - Conclusion - Références bibliographiques - 6. Un passé impensé : l'action de l’Éducation nationale (1920-1970),par Guy Brucy - Perfectionner les salariés en cours du soir - Former, certifier, promouvoir - Le diplôme de l’excellence ouvrière - L’action de la Direction de l’enseignement technique - La mise en ordre scolaire - Enseignants et employeurs : des espaces de connivences - Des politiques volontaristes d’établissement - Réalités et limites de la formation - Le coût humain de la formation Initiative des salariés et déni de reconnaissance des diplômes - Le grand renversement (début des années 1960) - Conclusion - Références bibliographiques - 7. De la négociation entre interlocuteurs sociaux au dialogue social entre partenaires,par Lucie Tanguy - Une construction mythifiée du droit à la formation - Un paritarisme sans parité - La formation : un laboratoire d’expérimentations sociales et politiques - Références bibliographiques.