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Donner et prendre
La coopération en entreprise
Norbert ALTER
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Donner et prendre



 

Ce livre aborde la principale énigme du monde du travail : la coopération. Elle est nécessaire au bon fonctionnement des entreprises, mais ne repose que sur la « bonne volonté » des opérateurs. La coopération ne s’explique en effet ni par l’intérêt économique, ni par la contrainte des procédures, ni par les normes de métier. Elle repose largement, au bout du compte, sur la seule volonté de donner : on donne aux autres parce que donner permet d’échanger et donc d’exister en entreprise.
Coopérer suppose en effet de créer des liens sociaux, par l’intermédiaire desquels circulent des biens, des informations, des services, des symboles, des rites ou des émotions, comme circulaient les dons dans les sociétés « primitives ». Mais, hier comme aujourd’hui, ces échanges ne peuvent être réduits à une série de comportements altruistes et pacifiques : donner représente également le moyen d’obliger, d’obtenir, de trahir ou de prendre. Et ce « commerce » se réalise au nom d’un tiers, qu’il se nomme métier, mission, projet, réseau ou entreprise. Celle-ci tire donc parti de cette ingéniosité collective qui se donne à elle, permettant le changement et le mouvement. Pour autant, loin de reconnaître ces générosités, elle dénie l’existence du don et privilégie les modes de gestion « modernes », qui préfèrent que salariés et employeurs soient quittes, plutôt que mutuellement endettés.
Norbert Alter aboutit ainsi à la mise en évidence d’un phénomène paradoxal, qui prend à rebours les discours du management ordinaire : le problème des organisations ne consiste pas à « mobiliser les salariés », mais à tirer parti de leur volonté de donner.

Introduction - 1. Coopérer, c’est donner - Coordination et coopération - La face cachée de la coopération - Coopération et sciences humaines - La kula : un modèle d’analyse de l’échange social - Donner - Un acte volontaire, non obligatoire - Une finalité non directement économique - Le principe de dépense : la consumation - Recevoir - La dramatisation du geste - La manifestation de l’émotion - Rendre - La gratitude - Complicité, empathie et sympathie - La place de l’amitié - Coopération et échange social - 2. Donner, dominer et trahir - L’ambiguïté du don - Inégalités et capital social - Coopération et concurrence - Concurrence et conflit - Le jeu sur l’affectif - La trahison - Confiance et coopération - Trahison et coopération - Puissance et simulacres - Le goût du pouvoir - Être puissant et faire le généreux - Les raisons de donner et de prendre - 3. Mouvement et dynamique des échanges - Mouvement et mobilité du capital social - Du changement au mouvement - L’érosion des capitaux sociaux - Arrangements, travail invisible et irritation - Organisation et arrangement - « Je n’ai plus le temps de travailler » - Travail invisible et irritation - La conditionnalité des échanges - La valeur du geste - L’absence de délai - L’émotion qui naît de l’échange - Coopération et infidélité - « Bonnes relations » et infidélité - L’ambivalence des normes - 4. Donner pour éprouver le sentiment d’exister - Une réciprocité « généralisée » - Le plaisir de donner - Le « sentiment d’exister » - La place des émotions collectives - Mouvement et émotions - Le principe du partage des émotions - Le partage des émotions à France Télécom - Sentiment d’existeret collectif de travail - La coopération comme phénomène social total - Les principes de l’échange - Ce qui circule : les éléments de la sociabilité professionnelle - 5. L’interdiction de donner - Donner à l’entreprise - La soustraction de ressources au profit de l’entreprise - Le don de l’engagement - Une communication ritualisée - La logique du sacrifice -Management par l’aval et management par l’amont - L’interdiction de donner - Du territoire à l’espace productif - De la kula au gimwali - Du « geste » au compte - Économiser le temps et équilibrer l’échange - Tolérer le don - Le principe d’endettement mutuel - La valeur économique importe moins que la valeur du geste - La réciprocité suppose la gratitude - Le don suppose d’être transmis volontairement - Le refus de recevoir - Un sacrifice sans rituel - Festoyer sans consumer - 6. Ingratitude et engagement raisonné - Juger et reconnaître - La contribution subjective au mouvement - La rhétorique de la résistance au changement - Croyances et valeurs du management - Les croyances du management - Le « jugement de beauté » du management - Don et reconnaissance - La reconnaissance horizontale - La reconnaissance verticale - Agir pour la reconnaissance - Sens et reconnaissance - Donner ou calculer ? - Le don affinitaire - La tentation de l’égoïsme - Le don altruiste - La logique de la nostalgie - Conclusion - Bibliographie.

« Norbert Alter, le sociologue du travail, se livre à une critique sans concession du management moderne. Il estime que "le lien social se trouve entamé par les pratiques de rationalisation des entreprises". Pour compenser ou corriger ce travers se sont multipliés les fêtes ou les clowns d'entreprise, qui tiennent plus du placebo. Pour Norbert Alter, la priorité des priorités est de favoriser les échanges sociaux à l'intérieur des entreprises. Il développe la notion de "socialisation des émotions", fort utile pour comprendre les nouvelles formes de conflits que nous vivons aujourd'hui. »
LIAISONS SOCIALES

« Non, l'entreprise ne se résume pas à des échanges froids, mus par le calcul rationnel et la confrontation des intérêts égoïstes de ses membres. Du moins pas seulement, comme le met en évidence le sociologue Norbert Alter. Une autre logique est à l'oeuvre: la coopération. Celle-ci a pour carburant la bonne volonté et se décline à travers le triptyque " donner, recevoir, rendre". Il n'est pas question dans cet essai, du secteur de l'économie sociale et solidaire, mais du monde de l'entreprise dans tout ce qu'il a de plus banal. Bien que capitaliste, il ne peut pas se passer de cette "ingéniosité collective" qui prend corps dans le don, qui permet de créer du lien social et du sens. Norbert Alter inscrit sa démonstration dans la droite lignée de Marcel Mauss: son livre synthétise les connaissances sociologiques sur le sujet et les enrichit de nombreux témoignages de salariés. »
ALTERNATIVES ÉCONOMIQUES

« Norbet Alter mobilise dans ce nouveau livre la théorie du don de Marcel Mauss pour rendre compte de la manière dont se développent les échanges sociaux, en se centrant, cette fois, sur l'entreprise. »
CADRES

« Et si les rapports entre les salariés et l'entreprise reposaient sur un malentendu ? Alors que les premiers souhaitent donner (du temps, de la créativité, des avis...), la seconde est incapable de saisir cette chance, se privant ainsi d'une ressource précieuse. Norbert Alter invite à considérer la valeur du don dans l'entreprise. »
MANAGEMENT

GIVE AND TAKE

Cooperation in the Workplace

This book tackles one of the main mysteries of the workplace : the issue of cooperation, which in the end largely depends on the sole willingness to give. Cooperation implies creating social ties allowing for the exchange of goods, information, favours, symbols, rites and emotions, mirroring the way gifts use to be exchanged in so-called « primitive » societies.

Norbert Alter is a lecturer at the university of Paris-Dauphine. An expert on Sociology of Work, he is the author of several books, amongst which L’Innovation ordinaire (PUF, 2000) and, published by La Découverte : Les logiques de l'innovation (2002). He worked for twelve years for a major corporation before going into Academia.


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