De la « sergote » à la femme flic
Une autre histoire de l'institution policière (1935-2005)

Geneviève PRUVOST

L’un des fondements de la division sexuelle du travail est de réserver aux seuls hommes le maniement des armes et d’interdire aux femmes l’accès aux métiers d’ordre qui font usage de la force. Dès lors, l’entrée des femmes dans l’institution policière constitue une rupture anthropologique qui met fin au monopole masculin de la force publique.
À partir d’un riche matériau d’archives et de récits de vie, le livre de Geneviève Pruvost montre qu’en France, il a fallu plus d’un demi-siècle de débats pour que les femmes passent du statut d’assistantes de police dévouées à l’enfance dans les années 1930 au statut de fonctionnaire de police à part entière. L’ouverture progressive de la police aux femmes, parce qu’elle transgresse les usages, est un levier pour explorer tout au long du siècle l’inédite collaboration entre police, travail social et féminisme réformiste, la dénonciation de la violence d’État par les policiers de la génération « 1968 », la constitution du féminisme d’État autour du principe d’égalité professionnelle, le rôle d’arbitrage joué par le conseil de l’Europe et les syndicats policiers, la fabrique médiatique de « battantes », enfin la place accordée aux minorités dans la police de proximité.
Cet ouvrage étudie les étapes successives de ce mariage improbable comme autant d’indices des changements qui ont affecté les rapports entre l’État et les citoyens, permettant à la fois de retracer une histoire du genre, du principe d’égalité, et de proposer une autre histoire de l’institution policière et du rapport à la violence.

Version papier : 25,40 €
Facebook Twitter Google+ Pinterest
Détails techniques
Collection : Textes à l'appui / Politique et société
Parution : avril 2008
ISBN : 9782707152190
Nb de pages : 312
Dimensions : 135 * 220 mm
Façonnage : Broché

Geneviève PRUVOST

Geneviève Pruvost, médaille de bronze du CNRS, est sociologue, chargée de recherche au CESDIP. Elle est l’auteure de Profession : policier. Sexe : féminin (Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2007).

Table des matières

Remerciements - Introduction - Un fait anthropologique inédit - Les femmes, agents d’une civilisation des mœurs ? - Un événement en cours de normalisation - I / Au nom des vertus féminines (1935-1968) - 1. L’accès au droit de police dans les années 1930 - Luttes féministes et résistance politique - De l’autodéfense à la protection des mineurs - Légalisme français, coups de poing anglais - Droits et attributions des assistantes de police - La femme « agent » : un phénomène de foire - 2. Une spécialisation toute trouvée : la surveillance des mineurs - Une consolidation discrète de statut sous le régime de Vichy - La Sûreté nationale : un bastion qui résiste à la féminisation - Des assistantes de police revendicatives à la Préfecture de police - Un immobilisme bienveillant en matière d’effectifs -L’obtention d’une parité de statut avec les inspecteurs - L’organisation de la mixité à la brigade des mineurs - II / L’accès à tous les grades (1968-1983) - 3. Dans l’ombre de mai 1968 : une féminisation sans histoire - La féminisation discrète des premiers corps en civil - La neutralité des statuts : la sortie de la brigade des mineurs -Invisibilité des femmes inspecteurs, lynchage médiatique des « aubergines » - L’impunité des « cognes » en question - La dénonciation de la violence d’État - Retour à l’ordre et influence hippie -4. Les effets du féminisme d’État - La promotion de l’égalité professionnelle - Division entre féministes d’État et le MLF sur les métiers d’ordre - Les femmes commissaires à l’honneur - La réforme imparfaite des statuts dérogatoires - La politique des quotas d’Yvette Roudy - Une police au service de tous et de toutes - Les femmes et la promotion d’une police plus humaine - Ultime revendication féministe d’une spécialisation des femmes - Le seuil interdit des CRS - Le devoir d’excellence des pionnières - L’exemplarité des premières commissaires - Des gardiennes de la paix sous surveillance - III / La conquête de droits (1983-2005) - 5. Action collective et tribut du sang versé - Quand les femmes s’organisent - Le réveil syndical et associatif - Des enquêtes à l’appui - Les différences de sexe consensuelles - Tombées au champ d’honneur - Le sang versé annule-t-il les différences de sexe ? - La fin des quotas contre une mise à l’écart des CRS - 6. Une reconnaissance à double tranchant - L’héroïsation médiatique - Le permis et l’interdit - Le triomphe de l’individualisme -Victimes et déviantes : des femmes policiers sans sexe ? - Des martyres de l’insécurité - Violences sexuelles : entre surenchère et occultation -La neutralisation des déviantes - De la beurette à l’indice de masse corporelle : oscillations républicaines - Retour à l’ordre et consolidation - Le temps des minorités -Conclusion - Sources - Fonds consultés - Revue et journaux (officiels, policiers) - Rapports et ouvrages sur la police, écrits par des fonctionnaires du ministère de l’Intérieur ou affiliés - Ouvrages et articles « anti-police » - Rapports sur les femmes dans la police édités par le ministère de l’Intérieur - Autobiographies, romans et essais écrits par/sur les femmes policiers - Ouvrages sur le féminisme d’État - Articles de presse et émissions TV sur les femmes dans la police - Bibliographie.