Défendre l'ennemi public

REVUE LE MOUVEMENT SOCIAL

L’évolution de la vie démocratique dans les pays occidentaux n’a pas fait disparaître la catégorie des militants considérés par la majorité des citoyens comme des « ennemis publics ». Nationalistes, terroristes, brigadistes, en Europe et dans les pays en voie de décolonisation, de l’entre-deux-guerres aux années soixante-dix : tous ont conservé le droit d’être défendus. Ce sont les paradoxes mêmes du mot « défense » qui sont au cœur de la réflexion collective d’où ce numéro est issu, entre la défense comme fonction nécessaire au procès et comme forme de justification ou d’excuse d’une pacte qui a justifié l’inculpation, sans compter l’acception militaire, lorsque sont impliquées des forces armées.
Les enjeux de cette explication rencontrent plusieurs questions importantes des sciences sociales. L’une renvoie à la figure classique du procès politique. On entend ici rapprocher la focale du processus judiciaire lui-même, afin de comprendre comment se combinent rôles judiciaires et enrôlements politiques, stratégies juridiques et enjeux partisans. Une autre question touche à la sociohistoire de la profession d’avocat. Qu’en est-il des effets politiques de la défense de ceux qui s’opposent à l’État libéral et à ses institutions ? Comment se reconfigure alors le rôle des avocats, qu’ils soient eux-mêmes engagés pour la cause portée par leurs clients ou qu’ils ne revendiquent que le rôle nécessaire de défenseur ? Toutes les défenses sont-elles légitimes, et à quel prix ?
On s’interrogera enfin sur ce que le prisme de l’analyse de la sphère judiciaire, et plus particulièrement du rôle des avocats, apporte à la compréhension des mobilisations politiques ou sociales. Dans ces situations de crise, les tribunaux ne sont pas seulement les caisses de résonance de combats extérieurs : leurs professionnels en deviennent les acteurs, volontairement ou non ; les procédures, des adjuvants ou des obstacles ; leurs décisions et leurs verdicts, un des enjeux du combat. C’est de cet enrôlement dans ses formes extrêmes en régime démocratique que ce numéro tente de parler.

Version papier : 16 €
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Détails techniques
Collection : Revue Le Mouvement social n°LMS
Parution : septembre 2012
ISBN : 9782707174499
Nb de pages : 180
Dimensions : 155 * 235 mm

REVUE LE MOUVEMENT SOCIAL


Revue trimestrielle fondée par Jean Maitron en 1960, puis dirigée de 1971 à 1982 par Madeleine Rebérioux, Le Mouvement social est publié par l’association du même nom, avec le concours du CNRS et avec la collaboration du Centre d’histoire sociale du XXe siècle (ex-Centre de recherche historique des mouvements sociaux et du syndicalisme de l’université Paris-I-CRHMSS), et diffusé avec le concours du Centre national du livre.
Le Mouvement Social rend compte des développements récents de l’histoire sociale : à l’histoire des engagements collectifs et des organisations professionnelles, qui constituait à l’origine sa raison d’être et qui demeure l’un de ses principaux centres d’intérêt, s’ajoutent d’autres approches d’histoire sociale et d’autres champs d’étude : l’histoire du travail et de l’économie, l’histoire sociale du politique et de l’État, l’histoire culturelle et des imaginaires sociaux, celle des rapports de genre, celle, aussi, de l’immigration et de toutes les formes de mobilité. La revue embrasse l’époque contemporaine dans toute son ampleur, des premières années du XIXe siècle au début du XXIe siècle.

Table des matières

La défense à l’épreuve. Se faire l’avocat de causes illégitimes au XXe siècle, par Maria Malatesta et Liora Israël
« Le juridique, c’est le moyen ; le politique, c’est la fin » : les avocats communistes français dans la « lutte contre la répression » de guerre froide, par Vanessa Codaccioni
Le procès des Huit de Chicago (1969-1970) :
déconstruire l’image des ennemis publics, par Marianne Debouzy
Les droits de l’homme au service de la lutte politique. Les avocats dans le conflit nord-irlandais, par Paolo Gheda
Défendre le défenseur de l’ennemi public. L’affaire Croissant, par Liora Israël
Défenses militantes. Avocats et violence politique dans l’Italie des années 1970 et 1980, par Maria Malatesta
Défendre des « terroristes » dans la France de 1935. L’avocat des « oustachis croates », par Frédéric Monier
Défendre les nationalistes algériens en lutte pour l’indépendance. La « défense de rupture » en question, par Sylvie Thénault
Notes de lecture.
Histoires politiques et culturelles de la violence
L’introuvable complot. Attentat, enquête et rumeur dans la France de la Restauration, de G. Malandain, par A. Lignereux
L’Ouragan homicide. L’attentat politique en France au XIXe siècle
, de K. Salomé, par G.
La mort en face. Histoire du duel de la Révolution à nos jours,
de F. Guillet, par Q. Deluermoz
Pratiques culturelles
Le cinéma en France à la veille du parlant, de D. Vezyroglou, par D. Tartakowsky
La scène bleue. Les expériences théâtrales prolétariennes et révolutionnaires en France, de la
Grande Guerre au Front populaire
, de L. Delaunay, par N. Lempereur
Lire en communiste. Les maisons d’édition du Parti communiste français, 1920-1968
, de
M.-C. Bouju, par N. Ponsard
Le dessin de presse à l’époque impressionniste, 1863- 1908, de Daumier à Toulouse-Lautrec
, sous la dir. de M. Thomas, G. Gosselin et Y. Marec, parP. Mainardi
Structures de la production intellectuelle
L’espace culturel transnational, sous la dir. de A. Boschetti, par J.-Ch. Geslot
Logique de la création. Sur l’Université, la vie intellectuelle et les conditions de l’innovation
, de G. de Lagasnerie, par M. Jouvenet
Informations et initiatives
Résumés
Livres reçus.